L'histoire secrète du Canada
L'Holocauste Indien
(Seconde Edition)
Ce livre est dédié à tous ceux qui, vivants ou disparus, appartiennent ou appartenaient aux peuples Autochtones, et qui
ont souffert, souffrent encore et luttent contre l'impérialisme Chrétien et ses pratiques génocidaires.
IN MEMORIUM
A la mémoire des hommes et femmes Autochtones dont les noms apparaissent ci-dessous, qui furent témoins de crimes
contre des personnes de leur peuple, et qui moururent soudainement et de façon inexplicable peu après s'être exprimés
publiquement ou avoir entrepris des actions légales ou publiques contre les Eglises Catholique Romaine, Presbytérienne,
Anglicane et Unie du Canada, sur le chef d'accusation d'actes de génocide.
Jimmy Johnson, Nation Pacheedaht Décédé en juin 1992
Willy Sport, Nation Ahousat Décédé le 24 janvier 2000
Archie Frank, Nation Ahousat Décédé le 26 janvier 2000
Charles Wayne Gibson, Nation Cowichan Décédé en octobre 2002
Joe Sylvester, Nation Cowichan Décédé en janvier 2003
Virginia Baptiste, Nation Osoyoos Décédée en mai 2003
"Les hommes ne font jamais le mal si complètement et joyeusement que lorsqu'ils le font par conviction religieuse."
Blaise Pascal
Préface de l'auteur sur cette Seconde Edition de "Hidden from History :
The Canadian Holocaust"
Pour résumer ma propre histoire, en tant que pasteur, j'ai fait partie du corps exécutif de l'Eglise Unie du Canada et n'ai
compris qu'en 1994 son rôle dans le génocide. J'ai été licencié sans recours en 1995, tout moyen de subsistance
supprimé, séparé de ma famille, mis sur liste noire, agressé physiquement et légalement, réduit à la pauvreté, menacé et
publiquement insulté par les dirigeants de l'Eglise Unie (entre autres), en réponse à mon effort permanent de lever le
voile sur l'histoire complète de ce qui est arrivé aux enfants natifs dans les écoles résidentielles Chrétiennes.
Lorsque j'ai commencé à rédiger l'édition originale de Hidden from History, à l'automne 1999, je n'imaginais pas
l'impact qu'aurait ce texte sur les communautés aborigènes à travers le Canada. Voici les mots d'une femme de la nation
Haida, dans une lettre que j'ai reçue le 4 septembre 2004 (traduction):
"Je veux vous remercier pour ce que vous faites pour le peuple Indien. J'ai eu un jour entre les mains un exemplaire de
votre livre et ça a changé ma vie. Je suis une survivante des Ecoles Résidentielles des Eglises Unies de Port Alberni. Je
n'ai jamais parlé de ce qui m'est arrivé ici. Quand j'y pense, je n'ai qu'une envie, c'est de me tuer. Et je ne savais pas
comment nommer ce qui m'est arrivé jusqu'à ce que je lise votre livre. J'ai vu des amis battus et privés de nourriture
jusqu'à la mort et je ne savais toujours pas comment appeler ça. Je pensais que c'était normal. Puis j'ai lu Hidden from
History et maintenant je sais ce dont il s'agit: c'est un génocide. Ils essayaient de nous faire tous disparaître.
Il n'y a pas que moi dans ce cas. Tous dans notre réserve ont lu votre livre et ils commencent à parler maintenant, en tout
cas certains d'entre nous. Ça nous aide à redresser la tête et à oser tout dire."
Le terme de Génocide n'est qu'un mot façonné pour désigner le crime de masse. La réalité froide de petits garçons et de
petites filles mourant lentement de tuberculose, de privation alimentaire ou plus brutalement sous le fouet, d'un coup de
trique ou encore sanglés dans une chaise électrique*, devra toujours rester présent dans notre esprit à chaque fois que les
termes "Ecole Résidentielle" ou "Génocide" seront évoqués dans cet ouvrage.
* NdT: il faut évidemment distinguer entre l'instrument d'application de la peine de mort aux USA utilisant de très hauts
voltages et cette chaise électrifiée qui était un instrument de "punition"et non de mise à mort (ce qui cependant devait
être parfois fatal aux enfants affaiblis par la maladie ou les privations)
Depuis sa première publication, le 1er février 2001, Hidden from History a été copié et partagé entre des centaines de
communautés aborigènes à travers le Canada et dans le monde. Il a été traduit en espagnol et distribué sous forme de
versions abrégées parmi les gens du peuple Maya dans des hameaux de la région du nord du Guatemala. En dépit de la
censure officieuse sur cette lecture dans les cercles académiques de "l'establishment", on trouve Hidden from History
dans les bibliothèques universitaires du Canada et aussi dans certains états des USA. La Bibliothèque d'Angleterre
(British Library) en possède un exemplaire dans ses rayons depuis 2002 et Nelson Mandela en reçut une copie cette
même année.
Ce succès de Hidden from History fut pour moi un appel à rédiger une seconde édition. Pour les raisons suivantes : il
avait été lu et utilisé par les survivants aborigènes de ces terribles "Ecoles Résidentielles Indiennes" et de plus en plus de
survivants commençaient à parler de leurs tortures et de la mort de leurs amis ou de membres de leur famille dans ces
écoles. Un amoncellement de nouvelles preuves de génocide au Canada m'était aussi parvenu et je me devais de les
reporter dans cette nouvelle édition.
Ainsi que le lecteur le découvrira lui-même, Hidden from History est une bombe de vérité et d'informations sur le secret
le plus abject du Canada: l'extermination délibérée et sytématique des personnes aborigènes non chrétiennes, de la côte
Est à la côte Ouest du Canada.
A l'origine de ce massacre qui a sacrifié des millions de vies humaines, on trouve l'hydre à deux têtes de l'Eglise et de
l'Etat, qui a mis en application par le génocide une philosophie de supériorité raciale qui n'a rien à envier au nazisme.
Cette philosophie posa et mis en pratique un credo bien simple: tout homme, femme ou enfant aborigène refusant d'être
"assimilé", c'est à dire anéanti, et refusant d'être chassé de ses terres devait être supprimé - donc tué -, d'une façon ou
d'une autre. Le nom de code de cette entreprise est Assimilation, et derrière cette notion feutrée se dresse la certitude de
la supériorité innée de la Chrétienté occidentale, et de son pendant, l'économie libérale américano-canadienne.
Dans cette étude du tribut en vies humaines réclamé par ce système meurtrier, Hidden from History est devenu plus
qu'une simple chronique de crimes. Ce livre voudrait être un appel à un nouveau genre de révolution: celle qui briserait
une fois pour toute les sociétés coupables de tels crimes génocidaires, dans notre pays et plus généralement au niveau
mondial. Dans le cas du Canada, il ne suffirait pas d'ouvrir l'enquête sur ce crime, mais il faudrait aussi éradiquer
définitivement les pratiques et les idées qui leur ont donné naissance - et qui continuent à alimenter les processus de
destruction des peuples et de leurs terres sur la base d'une certitude perverse et tenace : celle d'une supposée supériorité
culturelle Chrétienne, donnant à ses détenteurs le droit de gouverner sur tous les autres peuples du territoire canadien.
Récemment encore, imaginer que cette action de meurtre généralisé ait pu être la base de la société canadienne semblait
inacceptable à la plupart des Canadiens non-aborigènes. Mais de plus en plus de preuves apparaissent, prouvant
l'existence de programmes de stérilisations en masse, d'initiatives gouvernementales visant à infecter des enfants
intentionnellement exposés au bacille de la tuberculose, ou encore l'existence de charniers un peu partout au Canada. De
ce fait, les Canadiens ont peu à peu été forcés dans leurs retranchements, en une position semblable à celles des
Allemands après la Seconde Guerre Mondiale : nous sommes là, devant les restes d'enfants innombrables dont le sang
tache collectivement nos mains et nous devons accepter notre responsabilité et notre complicité devant nos crimes, si
tant est que nous puissions un jour être lavés de ce sang.
Face à cet objectif, une étape immense est indispensable et inévitable. Il s'agira d'auto examen collectif, de révélations,
d'aveux de responsabilité devant les lois internationales et les conventions dont les dispositions légales incluent
aujourd'hui le Canada. Et il est essentiel de rendre compte des faits et des responsabilités devant les lois internationales,
car au niveau interne, dans ce pays, cette réalité est trop dérangeante, et le gouvernement et son Eglise ont mis en place
une parfaite immunité par rapport à leurs propres lois concernant les actes d'extermination (ce que nous examinons plus
avant dans ce dossier).
Aujourd'hui, presque 10 ans après qu'ait été engagée la première action en justice visant à faire remonter en surface les
preuves d'actes de génocide canadien dans les écoles résidentielles, pas un seul personnage officiel de la RCMP*, ou des
Eglise Catholique, Anglicane, Presbytérienne et Unies du Canada, n'a été désigné comme responsable de l'un de ces
crimes. Et personne, à part quelques exécutants de bas étage condamnés comme coupables de violences sexuelles, n'est
allé en prison.
C'est donc bien une immunité efficace qui est en place pour protéger ces institutions des charges qui pèsent sur eux.
C'est sans surprise qu'on constate qu'aujourd'hui, on répond par le "black-out" aux accusations de meurtre et de génocide
émises par les survivants aborigènes. De même, un travail actif a été accompli par ces mêmes institutions pour miner à la
base toute tentative d'évoquer ces crimes devant le Parlement, les différents tribunaux canadiens ou même les Nations
Unies.
* La RCMP a été créée il y a plus d'un siècle ans dans le but spécifique d'abattre la résistance Indienne pour favoriser
l'expansion des colons européens vers l'ouest du Canada.
On en comprend mieux les raisons lorsqu'on analyse les efforts du Canada, juste après la Deuxième Guerre Mondiale,
pour imposer des restrictions et rendre plus floues les dispositions juridiques par rapport à la Convention des Nations
Unies sur la question du génocide, de façon à rendre ces dispositions inapplicables pour le Canada; par exemple en
faisant retirer de la Convention toute référence à la notion de génocide culturel. Ces efforts officiels visant à absoudre le
Canada et ses églises du génocide seront exposés dans la seconde partie de ce livre. On en trouvera aussi une discussion
dans mon second ouvrage, Love and Death in the Valley, publié à l'automne 2002 (voir ci-dessous). Il n'existe par
conséquent pour l'instant aucun espoir de véritable justice à l'intérieur du pays pour les peuples aborigènes du Canada,
du moins tant que ces institutions se maintiendront au pouvoir, et, dans un rôle de juge et partie, déterminent les termes
de la loi et contrôlent et paralysent à volonté non seulement les processus "curatifs" et "compensatoires" mais aussi tous
les rouages de la vaste machinerie juridique qu'il faudrait ébranler pour réaliser une telle enquête en la matière.
C'est dans ce sens que les problèmes présentés dans ce livre peuvent être exposés selon cette simple question de
recherche de responsabilité : le Canada et son Eglise officielle sont-ils assujettis aux lois internationales?
Les voix qui témoignent de l'Holocauste Canadien et qui vont vous parler à travers ces pages sont la meilleure réponse à
cette question. Certaines de ces voix se sont tues pour toujours, d'autres sont celles de personnes toujours en vie, mais
elles appartiennent toutes à ceux qui furent réduits au silence, et qui trouvent aujourd'hui un peu de liberté et un lieu
d'expression pour raconter leur histoire.
Kevin D. Annett – Eagle Strong Voice* (Kanoo KeeSheeWay GeKeeDo)
1er octobre 2005
Territoire non concéeé de la Côte Salish (“Vancouver, Canada”)
Pour une biographie complète relatant les événements qui m'ont conduit à écrire ce livre, voir "Love and Death in the
Valley" de Kevin Annett, publié en 2002 par les éditions First Books:
(*L'auteur a été adopté par la Nation Aborigène Anishinabe (Ojibway) à Winnipeg, dans le Manitoba, au printemps
2004, et a reçu le nom Kanoo KeeSheeWay GeKeeDo (Eagle Strong Voice) par son père adoptif, Anishinabe l'aîné
Louis Daniels - Whispers Wind )
"Je peux affirmer en toute certitude qu'à peine la moitié des enfants de notre école indienne survivent pour
profiter des avantages de l'éducation que nous leur offrons" (11)
Duncan Campbell Scott, Superintendant des Affaires Indiennes, Ottawa, 12 avril 1910
"Ce qui est malheureusement trop certain, c'est que les bienfaits, quels qu'ils soient, que reçoivent les enfants
dans les écoles résidentielles, se feront au prix de la santé de tous et de la vie de quelques-uns."
WJ Chisholm, Inspecteur des Agences Indiennes, Mistawasis, Ontario, 22 septembre 1905.
Introduction
Jasper Joseph est un vieil homme de 69 ans, de Port Hardy, Colombie Britannique. Lorsque je l'interrogeai en novembre
2000, son corps commença à trembler et ses yeux s'emplirent de larmes au souvenir de deux de ses cousins tués par
injections léthales en 1944 à l'hôpital Indien de Nanaimo:
"J'avais juste 8 ans, et ils nous avaient envoyés depuis l'école résidentielle Anglicane d'Alert Bay pour nous placer à
l'hôpital Indien de Nanaimo, le seul géré par l'Eglise Unie. Ils m'ont gardé dans une chambre minuscule pendant plus de
trois ans, comme si j'étais un rat dans un laboratoire, en me gavant de ces pilules et en me faisant des piqûres qui me
rendaient malades. Deux de mes cousins faisaient un grand vacarme, griffant et se débattant tout le temps, alors les
infirmières leurs firent une piqûre, et immédiatement, ils moururent. C'était pour qu'ils se tiennent tranquilles. (1)
L'histoire de Jasper n'est pas unique. Des centaines de témoignages d'Autochtones sur ce thème du meurtre ont été
échangés dans des espaces de discussions à travers le Canada, surtout à partir du moment où la Truth Commission à
commencé à travailler avec eux pour la compilation de ces récits après l'automne 2000.
Ce qui n'a rien d'unique non plus, c'est la force de dénégation et la rage qui se sont élevées dans le "mainstream" - le
courant de pensée standard de la société canadienne, simplement parce que des gens comme Jasper Joseph ont parlé
publiquement de ces crimes. Telle est bien sûr la réaction de tous ceux qui ont retiré des bénéfices des opérations de
génocide et de nettoyage ethnique. Telle est aussi la réaction de la plupart d'entre ceux qui sont confrontés pour la
première fois à ces réalités, réalités allant à l'encontre de toute une éducation reçue - à commencer par les cours
d'histoire à l'école, et bien trop choquante pour être facilement acceptées de prime abord.
Le peuple allemand a bel et bien dû être confronté à son propre racisme systémique en 1945, mais c'est uniquement
parce que les allemands ont été vaincus à l'issue de la guerre, et parce que leurs vainqueurs les ont obligé à affronter la
vérité sur les camps d'extermination. Car c'est bien toujours le vainqueur qui définit la morale officielle et l'Histoire. A la
fin de la Deuxième Guerre Mondiale, un nouveau cadre légal et pénal a été établi - des lois placées au-dessus des lois
nationales - pour que puisse s'exercer un contrôle sur les pays qui commettaient des crimes jusque là légaux et
acceptables à l'intérieur de leurs propres frontières: cette loi passée à la postérité est la Loi de Nuremberg, laquelle,
désormais, prévoit la possibilité de mettre en accusation, tout comme un tribunal le ferait pour un simple citoyen, tout un
gouvernement et ses dirigeants portant la responsabilité d'un génocide.
Malheureusement, aucun tank de la libération ne s'est jamais présenté à la porte de camps de concentration tels que
l'école résidentielle de Kuper Island en Colombie Britannique, pour libérer les centaines d'enfants aborigènes qui y ont
été violés, torturés et assassinés par des responsables catholiques et des médecins. Et ce qui est arrivé à ces enfants n'a
jamais été l'objet d'un tribunal instruisant une accusation de crime contre l'humanité. Il est bien évident qu'Adolph Hitler
ne procéda jamais à une "investigation" à Aushwitz, et en toute logique puisque pour lui-même et ses lieutenants, ce qui
s'y déroulait n'était pas un crime mais une nécessité. Il en est exactement de même au Canada, pour ce qui concerne les
peuples Natifs et ce qu'ils ont subi dans ce pays.
Il faudra quelque chose de plus que le simple souvenir de Nuremberg dans nos consciences, pour aider Jasper Joseph et
ses camarades survivants dans cette tâche complexe de quête de justice. Ce sera l'explosion au grand jour de la preuve
indiscutable des meurtres effectués en masse au Canada. Dès novembre 1907 - et peut-être bien avant - la presse
canadienne reconnaissait déjà que les enfants Aborigènes étaient délibérément tués dans les écoles résidentielles fondées
par le gouvernement et dirigées par l'Eglise, ceci à travers l'ensemble du pays, et que plus de la moitié des effectifs de
ces enfants mouraient chaque année dans ces établissement religieux.
"Des écoles favorisent la tuberculose - Des taux de décès ahurissants" déclarait le journal Ottawa Citizen dans ses
colonnes du 15 novembre 1907. Et le Citizen reporte ainsi les conclusions du Dr Peter Bryce, chef des services
médicaux des Affaires Indiennes:
<<Résumant ainsi les statistiques obtenues, le Dr. Bryce déclare, après avoir fait allusion aux dossiers défectueux et mal
tenus des écoles: "Il nous suffit de savoir que sur un total de 1537 élèves enregistrés jusqu'ici, presque 25 pourcent sont
morts; et une école a déclaré avec une parfaite précision que 69 pour cent de ses ex-élèves étaient décédés, et la cause
indiquée pour ces décès est presque invariablement la tuberculose">> (voir fig. 1)
Ce taux de décès génocidaire a continué dans les années qui ont suivi, dans les écoles résidentielles sous domination à la
fois catholique et protestante, dans toutes les régions du Canada. Le taux de mortalité infantile varie entre 35 et 60
pourcent. Ce taux est régulièrement reporté dans les documents administratifs des écoles de Colombie Britannique, des
provinces des Prairies, d'Ontario et des province Maritimes pendant les années 1920 et 1930, puis pendant les années de
la dernière guerre, et plus récemment, jusqu'en 1960. (3)
Les plus hautes personnalités officielles du Canada ont régulièrement et librement attesté et reconnu ce taux de
mortalité. Neil Parker, Superintendant des Affaires Indiennes en 1949, commente cyniquement:
"Si on me confiait la tâche d'annihiler tous les enfants Indiens du Canada à l'aide de la tuberculose, je ne pourrais trouver
un instrument plus efficace que votre école résidentielle." (4)
Qu'un fonctionnaire haut placé canadien puisse donner aussi ouvertement son sentiment sur la question de
l'extermination des Indiens en école résidentielle, permet de comprendre le climat juridique et social régnant alors au
Canada concernant le sort des Autochtones. Les crimes dont la légitimation vient de plus haut dans la hiérarchie
acquièrent un caractère de normalité, deviennent une pratique courante appliquée par les petits exécutants,
fonctionnaires du système génocidaire. Et les archives de l'histoire du Canada sont constellées de ce genre de réflexions
ou citations de personnages officiels canadiens, de l'Etat ou de l'Eglise, réflexions qui nous disent à quel point était
banalisée la pratique du meurtre quand il s'agissait d'Indiens.
Trevor Jones, personnage officiel de l'Eglise Anglicane, quelques années plus tard, commentait la question Indienne à la
manière de Neil Parker, lors d'une rencontre nationale des dirigeants de l'église. Jones était encore plus précis concernant
la pratique de meurtre contre les Autochtones. Extrait du Globe and Mail du 29 mai 1953 :
"Auparavant, a déclaré Mr Jones, l'attitude non-officielle du gouvernement fut de ne pas s'intéresser au sort des Indiens
ou des Esquimaux, qui étaient des races à l'agonie qui ne dureraient pas longtemps. Ils ont démontré cette attitude en
n'hospitalisant pas les Indiens ou Esquimaux atteints de tuberculose." (5)
(voir Globe and Mail, Fig. 2)
(Dans cet exemple, par la rhétorique du "auparavant" et de la forme passée de la citation de Jones, on découvre un
premier exemple du "c'était avant", cher au discours officiel Canadien (église ou état). Ce discours veut nous suggèrer
que des événements inadmissibles ont eu lieu dans le passé, et qu'il s'agit donc d'histoire ancienne. On remarque vite par
l'étude des textes et des correspondances que cette technique de replacer tous les événements dérangeants vers le passé
se pratique à toutes les périodes, jusqu'à nos jours.)
De nombreux témoins confirment ce document et la preuve officielle des pratiques de génocide au Canada. En mars
1998, Will and Mabel Sport, de Nanaimo, Colombie Britannique, décrivirent à des enquêteurs comment ils étaient forcés
de dormir avec des enfants mourant de tuberculose, respectivement dans les écoles résidentielles d'Alberni et de Christie
en 1938 et 1942; une pratique longuement décrite par le Dr. Peter Bryce dans son rapport de 1907 aux Affaires
Indiennes et cité par The Ottawa Citizen. (6) Bien d'autres témoignages ont confirmé ces pratiques. (7)
Comme n'importe quelle société recourant à la pratique du génocide systématique, le Canada a pris soin d'effacer au
mieux de ses archives et des consciences, toute trace et preuve de cette activité, et ce surtout pendant les dernières
décennies. Ce travail de nettoyage d'archives a surtout été mené à partir du moment où les écoles résidentielles ont été
graduellement transformées en centres administratifs aborigènes après 1970. Cela n'est guère surprenant, dans la mesure
où cette histoire cachée révèle un système dont le but inavouable était de détruire - par les maladies, la dissémination des
germes, la relocation forcée, et le meurtre en tant que tel - tout indigène refusant d'abandonner ses terres et son identité
pour devenir un Chrétien (système qui prenait soin par ailleurs "d'assimiler" une minorité de collaborateurs aborigènes,
entraînés à devenir des exécutants au service de ce système.)
L'histoire du génocide intentionnel implique toutes les institutions majeures du Canada, ce qui inclut tous les niveaux du
gouvernement, la RCMP, les églises Catholique Romaine, Anglicane, Presbytérienne, Méthodiste et Unie du Canada, de
grandes entreprises, certains corps de police locale, des médecins, des journalistes, des coroners et des juges. Le réseau
de complicités assistant cette machine de mort était, et est encore, si vaste et systémique que l'ampleur de la tâche de
dissimulation est à l'échelle: campagnes de déni, étouffement des scandales, tout ceci étant dirigés depuis les plus hautes
sphères gouvernementales et se poursuivant à l'heure actuelle. Et ceci d'autant plus que de nouveaux témoignages
impliquent nominativement des personnes ayant participé aux exactions dans les écoles résidentielles (et leurs hôpitaux
annexes) sous l'égide de l'Eglise.
Il est donc clair que ce sont ces écoles résidentielles et leurs hôpitaux qui tenaient lieu de camps de la mort de
l'Holocauste Canadien, et, derrière leurs murs, entre 50.000 et 100.000 enfants aborigènes furent assassinés, torturés
médicalement ou "portés disparus", selon les statistiques officielles du gouvernement canadien lui-même. (8). Dès 1907,
les autorités médicales du gouvernement documentaient des taux annuels de mortalité allant de 35 à 50 pourcent dans les
écoles résidentielles Indiennes de l'Ouest, ainsi qu'on peut l'examiner dans un rapport de synthèse émis cette année par le
Dr. Bryce. (Voir Fig. 3a et 3b: copies des taux de mortalité consignés dans un rapport du Dr. Bryce)
Ces milliers de jeunes victimes ont disparu de notre monde, et il en est de même de leurs dépouilles, "comme s'ils
n'avaient jamais existé" selon les paroles de Jasper Joseph. Mais ils ont existé réellement : ils ont été arrachés des bras de
leurs familles au nom des lois édictées par les politiciens, appliquées par les missionnaires, renforcées par les policiers
de la RCMP, et consolidées par les tribunaux, pendant plus d'un siècle.
Les plus jeunes de ces enfants étaient âgés de trois ou quatre ans, les plus âgés étaient des adolescents. Ces enfants et
adolescents sont morts sous les coups reçus, d'expérimentation médicales, de manque de nourriture, d'exposition à la
tuberculose, et une fois malades, laissés sans soin. Les exécutants étaient des employés rémunérés par les églises et donc
par le gouvernement du Canada. Ces équipes incluaient des pasteurs de l'église, des religieuses, des prêtres, tous agissant
en totale impunité et sous la protection du gouvernement, sous un contrat élaboré conjointement par l'Eglise et le
gouvernement à Ottawa en novembre 1910. (9) (voir Fig. 4: l'en-tête de ce contrat).
Il nous faut bien comprendre qu'il ne s'agit pas d'une "page d'histoire" ancienne: des centaines, voire beaucoup plus, de
ces meurtriers vivent et prospèrent aujourd'hui au Canada.
L'expression "Solution Finale" ne tire pas son origine du nazisme allemand : on la rencontre pour la première fois sous la
plume du Superintendant des Affaires Indiennes Duncan Campbell Scott en avril 1910, lorsqu'il communiquait sa vision
concernant ce qu'on appelait le "Problème Indien" et les solutions à y apporter: voici un extrait de sa correspondance
avec un responsable des Affaires Indiennes de la côte ouest du Canada sur le taux de mortalité élevé dans les écoles
résidentielles :
Le 12 avril 1910, Scott écrivait:
"Il est clairement reconnu que les enfants Indiens perdent leur résistance naturelle aux maladies lorsqu'on les concentre
ainsi dans ces écoles, et par conséquent, ils meurent bien plus vite que dans leurs villages. Mais cet élément à lui seul ne
justifie pas de changement dans la politique de ce Département, dont la tâche est de trouver une solution finale à notre
Problème Indien." (10)
Avec une telle légitimisation officielle venant des plus hauts degrés de la hiérarchie gouvernementale, et armés d'une
idéologie de suprémacie raciale, il n'est pas étonnant que le personnel des églises se sentit parfaitement protégé et se
donna tous pouvoirs pour effectuer les opérations d'emprisonnement et de destruction de personnes au cours du XXème
siècle. L'objectif apparemment recherché, c'était de diminuer de moitié, au moins, et par tous les moyens, les effectifs de
la population Indienne de l'époque. Pour opérer ce travail de grande envergure, l'Eglise se trouva dotée de pouvoirs
extraordinaires par le gouvernement.
Les Eglises Catholique Romaine, Anglicane, Presbytérienne, Méthodiste et Unies furent armées d'une autorité toute
puissante les consacrant comme seuls gardiens légaux de tout enfant en écoles résidentielles (institutions créées par
Ottawa entre 1929 et 1933), et eurent le droit de procéder à la stérilisation non-voulue de tout homme, femme ou enfant
Indien - sous le couvert de lois de stérilisation décrétées judicieusement ces années-là en Alberta et en Colombie
Britannique.
Ce livre présente la preuve que ces crimes génocidaires se sont passés au Canada, et s'y poursuivent encore aujourd'hui
dans une certaine mesure. Ce livre, s'il est besoin de le dire, est un rapport non-gouvernemental et indépendant sur ces
actes d'extermination, et il est le fruit de 10 ans de recherches. Il est aussi le résultat d'une enquête commencée dans une
communauté de la côte ouest, à Port Alberni, Colombie Britannique, à l'automne 1994. Nous espèrons que son message
sera diffusé autant que possible, dans le monde entier.
Ce livre est le résultat de la collaboration d'une douzaine de personnes, aidées par des centaines de survivants des écoles
résidentielles qui ont courageusement partagé leur histoire et nommé leurs bourreaux dans des rassemblements public à
travers le Canada. Certaines de ces personnes survivantes des écoles doivent rester anonymes, surtout nos contributeurs
aborigènes, à cause des attaques répétées qu'ils subissent de la part des agents de l'Etat et de l'Eglise.
Depuis que nous avons commencé cette campagne de la vérité en 1994, de nombreux témoins et chercheurs ont été
agressés, renvoyés de leur emploi, ont eu à faire face à des campagnes efficaces et très organisées de désinformation et
de calomnies, ont été chassés de leurs domiciles établis en réserves natives pour avoir participé au travail de notre
Commission. D'autres témoins sont morts ou ont disparu après avoir livré leur témoignage.
De nombreuses personnes ont beaucoup sacrifié pour raconter cette histoire, dans l'espoir que la justice se fasse un jour,
même pour les plus pauvres et les plus invisibles d'entre nous. Il est en votre pouvoir, à vous qui nous lisez, de donner un
sens à notre sacrifice, en partageant ce livre avec d'autres, et aussi en refusant de participer aux activités des institutions
de l'Eglise et de l'Etat coupables d'avoir tué des milliers d'enfants au nom d'une religion incertaine, et qui pour l'instant
défient la justice et s'en maintiennent hors d'atteinte.
C'est une histoire qui se poursuit aujourd'hui, et dont la fin n'a pas encore été écrite : car le meurtre des Autochtones
continue aujourd'hui au Canada. Les statistiques ne nous disent qu'une partie de la réalité. Le niveau de vie moyen des
Aborigènes Canadiens est situé au 63ème rang sur l'échelle mondiale, en dessous du niveau de vie de la Thaïlande ou du
Mexique. Les probabilités de décès des Indiens Canadiens sont en moyenne 10 fois plus fortes que celles des non-
Indiens, et le taux de mortalité dû au suicide ou aux toxicomanies augmente plus rapidement que pour n'importe quel
autre groupe ethnique. (13) (Voir l'article du Globe and Mail, Fig. 5)
Plus proche de nous, les faits du génocide et les visages mourants des enfants natifs sont gravés dans chaque réserve
indienne, à chaque coin de rue des villes canadiennes. Dans la paroisse que j'animais jadis à Port Alberni, Colombie
Britannique, la mortalité infantile chez les Indiens est aujourd'hui la même qu'au Guatemala. Quand j'y officiais, j'avais à
accomplir deux à trois fois par mois les cérémonies funéraires pour des adolescents suicidés, ou pour des enfants natifs
nouveau-nés, morts de misère ou de maladies liées à la malnutrition. Combien de fois ai-je donné de quoi manger à des
familles qui n'avaient pas eu de nourriture depuis des jours, je ne saurais le dire. Mais je me souviendrai toujours de
l'image de leurs enfants incapables de se tenir debout ou de faire un sourire à cause de la faiblesse et de la faim; et je
n'oublierai pas non plus l'image de leur chef du conseil tribal, "subventionné" par l'état, possédant 5 voitures neuves dans
son garage et partant en vacances à Hawaï deux fois par an…
Voici donc les blessures si mal refermées d'un génocide commencé depuis longtemps, et qui continue sous une forme
voilée. Comment tout ceci est-il possible dans un beau pays d'abondance, comme le Canada, présentant une image de
modèle de civilisation dans le monde?
Le modèle technique et logistique des écoles résidentielles, conçues au départ par les missionnaires Catholiques, fut
utilisé dans le monde, au delà du Canada, comme modèle d'extermination des peuples autochtones. Le gouvernement
d'apartheid d'Afrique du Sud fut impressionné par l'efficacité de ce système, et l'adopta en même temps qu'il publiait les
lois de ségrégation raciale à la fin des années 40. Mais au départ, ce système émanait d'un sentiment religieux de
supériorité de la Chrétienté sur toute autre foi et sur tout autre peuple: un sentiment qui demeure aujourd'hui bien
enracinée dans le courant de pensée Nord Américain.
Aujourd'hui comme hier, le gouvernement du Canada et ses tribunaux permettent qu'existe un tel impérialisme religieux
et protège les églises des conséquences de leurs crimes récents. Depuis le printemps 1996, lorsque les premiers recours
en justice, par des victimes des écoles résidentielles, ont commencé, Ottawa a drastiquement restreint le droit des
Autochtones concernant le chef d'accusation : a été déclaré irrecevable par les juges toute demande de justice ayant pour
chef d'accusation la pratique de génocide appliqué par l'Eglise (et commandité par le gouvernement) via les écoles
résidentielles. Seules sont auditées les plaintes individuelles de tortures physiques et sexuelles, et presque rien d'autre.
Lors de ces procès, le gouvernement du Canada, depuis 1999, a préféré assumer la responsabilité première des crimes
des églises accusées (frais de justice payés avec l'argent des contribuables) en dépit du fait que ces mêmes églises
avaient été reconnues responsables à égalité avec l'Etat en cours de justice canadienne.
C'est ainsi que le gouvernement continue, de longue date, à innocenter les églises canadiennes pour leurs crimes, en les
plaçant au-dessus des lois, et ce pas seulement en limitant les motifs d'accusations aux "abus physiques et sexuels" dans
les écoles. Un exemple d'une telle connivence, qu'on trouvera dans ce livre, est la déclaration de l'Agent Indien du
gouvernement de la Côte Ouest, P.B. Ashbridge, en janvier 1940, dans laquelle, concernant un incendie dans l'école
résidentielle d'Ahousat des Eglises Unies, il commente: (Fig. II-12)
"Etant donné que cette école était la propriété de l'Eglise qui la dirigeait, on a pris soin d'éviter une enquête trop précise."
Cette phrase à elle seule pourrait presque résumer ces complicités en haute sphère et l'effort zélé du Canada et de ses
églises pour nier et dissimuler les massacres de millions de personnes depuis le début de son histoire. Mais les peuples
Autochtones ont survécu à l'extermination organisée par les Chrétiens. A ces hommes et femmes Autochtones, qui ont
tant enduré et réussi à survivre, nous dédions cet ouvrage et nos efforts.
Notes
D'un entretien entre l'auteur et Jasper Joseph, le 10 Novembre 2000, à Vancouver, Canada. (l'enregistrement de cette
conversation et le consentement écrit pour la publication est en la possession de l'auteur ; ceci étant valable pour tous les
autres inverview dans cet ouvrage)
En-tête d'article, “Schools Aid White Plague”, dans The Ottawa Citizen, le 15 Novembre 1907, de la série RG 10 des
archives du Département des Affaires Indiennes, Section R7733, notes sur les Ecoles Résidentielles, Université de BC.
Voir le procès-verbal sur les taux de mortalités, dans le rapport du Dr Peter Bryce, dans la section documentaire de son
livre. Ce système d'écoles résidentielles servant à provoquer de tels taux de mortalité est aussi décrit dans le livre A
National Crime du Prof. John Milloy, Trent University, et dans The Circle Game de Roland Chrisjohn.
Superintendent Neil Parker des Affaires Indiennes , 20 Mai 1949, Ottawa.
D'un article du Globe and Mail, 29 Mai 1953, sous le titre “Anglicans find Ottawa Improves Indian Policy”.
Voir les déclaration signées de Mabel et Willie Sport dans la section Documentation de ce livre. Le Dr. Peter Bryce
déclarait que la pratique d'exposer les enfants en bonne santé à ceux en train de mourir de tuberculose non seulement
était un standard des écoles résidentielles, mais aussi était dissimulé autant que possible par l'équipe dirigeant l'école :
"qui étaient le moins coopératifs et le plus évasifs possible lorsqu'on les amenait à admettre ces taux de mortalité sous
leur responsabilité." (Du rapport de 1907 du Dr. Bryce au DIA Superintendent Duncan C. Scott, extrait de la série RG
10, archives DIA, Ottawa, Sec. R 7733).
D'autres témoins de cette pratique d'exposer les enfants sains aux maladies sont : Delmar Johnny et George Harris (école
de Kuper Island), Joan Morris (Hôpital de Nanaimo), Kathy Brown (école d'Ahousat), Donna Wilson (école d'Alberni),
et bien d'autres, qui ont expliqué ces pratiques lors de commentaires faits en public dans des cercles de discussion à
partir de juin 1996 (Voir les Témoignages dans la section Documentation)
Il faut être prudent avec ces chiffres concernant le niveau d'ensemble de mortalité dans les écoles résidentielles
canadiennes, car nous les tenons des rapports officiels du gouvernement, et selon leurs affirmations seuls des enfants de
7 ans et plus étaient incarcérés dans les écoles - alors que des villages entiers étaient vidés de leurs enfants, quel que soit
leur âge. En 1907, 1910, 1922, 1932 et à nouveau en 1949, le taux de mortalité annuel de 50% est annoncé par des
agents du gouvernement dans leur correspondance. Il n'existe pas de certitude que ce taux de mortalité ait diminué au
cours des années suivantes. (séries RG 10, DIA).
Le 25 Novembre 1910 se tint une conférence à Ottawa par le département des Affaires Indiennes et le Conseil du Trésor
où fut présenté un contrat préliminaire sur la fondation et mise en exploitation des écoles résidentielles Indiennes à
travers l'ensemble du Canada. Ce projet fut présenté aux représentants officiels des Eglise Catholique Romaine,
Anglicane, Presbytérienne, Méthodiste du Canada (l'Eglise Unie n'existait pas encore, elle n'a été formée qu'en 1925,
résultat d'une fusion des églises précédement citées avec les Congrégationnistes). Le contrat fut adopté et signé par
toutes ces églises et par les représentants gouvernementaux, et ainsi fut formé un cadre où furent définis les termes du
rapprochement et le partage des responsabilités des écoles par les églises et l'état. (Voir dans la Documentation une
copie de ce contrat préliminaire - "tentative contract").
Tiré d'une lettre de Duncan Campbell Scott au Major D.M. McKay, Agent Général des Affaires Indiennes de Colombie
Britannique, 12 avril 1910, archives RG 10, Section R 7733, Enreg.No. 8231.
Idem note 10
Les écoles résidentielles furent établies et mises en exploitation par les Baptistes, Mennonites, l'Armée du Salut
(Salvation Army) et l'Eglise de la Pentecôte, surtout dans la région des Prairies, mais aucune de ces églises ne recevait
de subvention du gouvernement et elles opéraient comme des écoles de jour.
En-tête d'article du Globe and Mail, 12 Octobre 1998, “Canada’s squalid secret: life on native reserves – Income,
education, life expectancy worse than in 62 countries”.
D'une lettre datée du 3 février 1940, de P.B. Ashbridge de l'Agence Indienne de la Côte Ouest, au Major D.M. McKay,
Agent-Général des Affaires Indiennes à Victoria, Colombie Britannique. Ashbridge faisait référence à un incendie,
"probablement d'origine volontaire" qui fut allumé à l'école résidentielle d'Ahousat le 26 janvier 1940 (séries RG 10,
R7733, File 8751.)
"La guerre par l'infection bactériologique qu'ils ont menée contre nous a vidé des villages entiers. Juste ici, à
Shell Beach, les hommes revenaient après s'être absenté quelques temps pour la pêche et ne retrouvaient que des morts
dans le village. Les corps de leurs femmes et de leurs enfants gisaient partout, étendus sur la plage, dans les longues
maisons et flottant dans l'eau. La variole brûlait les gens de fièvre, alors ils allaient se plonger dans l'océan pour se
rafraîchir et là, ils mouraient. C'est comme ça que tout a commencé, mais tout le monde l'a oublié, maintenant."
Steve Sampson Jr., Chef Héréditaire de la Nation Cowichan, Chemainus, Colombie Britannique, 5 juin 2005
(Voi la carte des nombreux sites d'enterrement dans la région de Cowichan, Fig. 5(b))
"Nous avons souvent parlé de nos droits, en tant qu'étrangers, de prendre possession de la région… Néanmoins,
comme les Indiens ont refusé de reconnaître l'autorité coloniale à Victoria et nous ont vendu leur pays sous la menace
des canons chargés pointés sur leurs villages, il est évident que nous avons pris possession de la région par la force."
Gilbert Sproat, Commissaire des Terres au Gouvernement, Colombie Britannique, 1868, en référence de la
colonisation des Européen à Alberni, sur l'Ile de Vancouver
Chronologie d'événements
Génocide au Canada au cours de la période récente
1850: A cette date, les premières nations de l'est Canadien ont été réduites à 10% par rapport à leurs effectifs d'avant le
contact avec les Européens. Les moyens utilisés sont ceux de la guerre bactériologique - avant la lettre - et les
aborigènes ont été décimés par la variole et autres germes. Depuis 1540, des nations entières telles que les Beothuks du
Labrador ont totalement disparu, décimées par la guerre et des lois particulières, les "lois de scalp" (voir Fig. 5c). Les
tribus Autochtones à l'ouest des Grands Lacs demeurent relativement à l'abri de ces ravages, à cause de l'absence de
contact avec les européens.
1857: La Loi de Civilisation Graduelle (Gradual Civilization Act) est rédigée au sein de la Législature du Haut Canada
(Upper Canada) dont le but est d'éradiquer culturellement tous Indigènes ou Métis subsistant encore dans l'Est, en en
faisant des peuples non-distinctifs, et en les plaçant dans une catégorie légalement séparée et inférieure à celle des
citoyens canadiens. (voir Fig. 6)
1858: La Compagnie de l'Hudson’s Bay établit la première église et mission protestante sur l'Ile de Vancouver après la
tentative par les missionnaires Catholique d'établir leur monopole sur l'île. Cette même année, le gouvernement colonial
de Victoria accorde des "réserves cléricales" exclusives, non imposées fiscalement, représentant des centaines d'acres de
terres, aux Eglise Catholique et Anglicane, et à leurs missionnaires, où qu'ils se trouvent à ce moment-là parmi les
nations Indiennes.
1859-68: Les écoles de mission catholique sont établies de toutes parts en Colombie Britannique et dans la région des
Prairies sous un système instauré par Bishop Paul Durieu, dans lequel les prêtres et les chefs Natifs collaborant avec les
Catholiques détruisent le clan matriarcal traditionnel - système matrilinéaire - et le remplacent par un système patriarcal
hiérarchisé sous contrôle direct de l'Eglise. Ce changement s'effectue à l'aide de l'éviction massive, voire l'assassinat, des
chefs traditionnels et de leur famille, dans chaque territoire Autochtone. Ils sont remplacés par des esclaves, des hors-
castes ou des familles natives chrétiennes qui sont élevés à un rang de Chef et servent d'hommes de paille au pouvoir de
l'état colonial. Un système d'espionnage, les "watchmen", agents Indiens attachés aux églises, est mis en place dans
chaque village pour assurer le contrôle catholique. Les Eglises protestantes, à leur tour, adoptent rapidement le procédé
de Durieu contre les peuples Natifs.
1862-64: Une épidémie majeure de variole sévit sélectivement parmi les nations aborigènes de la côte Ouest (les Blancs
seuls sont vaccinés aux premiers signes d'apparition de la maladie sur la côte Ouest). En 1890, en moyenne, 95% à 98%
de tous les peuples de la côte ouest sont exterminés par cette épidémie, et les survivants sont confinés dans des réserves
minuscules, tandis que leurs enfants sont envoyés dans les premières écoles résidentielles.
1869-70: La première rébellion des Métis éclate dans la colonie de Red River (maintenant la ville de Winnipeg), où
Autochtones et Métis tentent d'établir un gouvernement auto-géré. Cette rébellion est écrasée militairement par le
gouvernement canadien. Le chef de la rébellion, Louis Riel, part en exil aux Etats-Unis.
1874: La police dite "Royal North West Mounted Police" (RNWMP), dont l'actuelle RCMP est le descendant, est créée
comme force de police paramilitaire de plein-pouvoir, sorte d'état dans l'état, jouissant d'une juridiction absolue dans
tout le Canada. Le mandat de cette police est: obtenir une bande de terre de 50 miles de part et d'autre de la ligne de
chemin de fer de la Canadian Pacific Railways, en direction de l'ouest, en déplaçant toutes personnes natives hors de
leurs territoires tradionnels.
1876: La Loi sur les Indiens (Indian Act) est statuée au Parlement Canadien. Cet acte de loi fait état du statut social
inférieur des Autochtones dans ses termes et dispositions. Les peuples Autochtones seront donc imprisonnés dans des
"terres de réserves" et placés sous tutelle légale de l'Etat, ce qui signifie qu'ils n'ont aucun statut légal, droit civique, droit
de vote, accès à la propriété, ni ne pourront trouver un recours par une action en justice, ou diriger un commerce ou
autre, pour leur propre compte. A ce jour, les Autochtones sont toujours sous tutelle de l'état du Canada (Voir le texte de
cette Loi, Fig. 7)
1884: Des "Ecoles Industrielles" Indiennes sont créées sous juridiction du gouvernement. Elles seront gérées par les
Eglises et administrées comme des pensionnats. Elles sont modelées sur les Ecoles Industrielles anglaises de l'époque,
sortes de prisons pour pauvres et sans-domiciles de tout âge.
1885: La Seconde Rébellion Métis éclate dans la Colonie de Red River, toujours dirigée par Louis Riel et par un
gouvernement provisoire de Métis. Le but de la rébellion est de rétablir des Métis et les Autochtones dans la bande de
terre "nettoyée" par la police pour le passage du chemin de fer vers l'ouest. Après plusieurs batailles avec la police
montée du Nord-Ouest et les troupes canadiennes, les Métis sont battus et Louis Riel est condamné à mort et pendu.
La même année, sous la forte pression des missionnaires, les cérémonies Potlatch traditionnelles de la côte ouest sont
déclarées illégales par les lois provinciales et fédérales, et, jusqu'au retrait de cette loi en 1953, des centaines de
personnes parmi les Anciens, (entre autres) sont emprisonnés au motifs qu'ils conduisent cette cérémonie. (voir l'Edit de
proscription du Potlatch, Fig. 8a)
1886: Le chemin de fer de la Canadian Pacific Railway est terminé, relie le Canada d'est en ouest et ouvre l'ouest à une
immigration massive d'Européens, qui conduira à l'éradication presque totale des populations indigènes.
1890: Les premiers pensionnats protestants pour Indiens sont installés sur la côte ouest et les Prairies, où la population
indigène et Métis a été réduite, par propagation de maladies, à moins de cinq pour cent par rapport à leur nombre d'avant
le contact avec les Européens. Cependant, les aborigènes sont encore très nombreux à cette époque (60.000) par rapport
aux "blancs" (5000).
1891: Le Dr. G. Orton documente les effets désastreux de la tuberculose sur les enfants Indiens dans les pensionnats,
dans un rapport spécial au Département des Affaires Indiennes. Ses recommandations d'amélioration de la ventilation,
afin de réduire l'exposition aux germes, est rejetée par le gouvernement comme "trop coûteuse".
1892: Un Ordre Fédéral du Conseil (plutôt qu'une loi parlementaire) établit les réglements sur les écoles de jour et les
pensionnats Indiens, laissant tout le contrôle administratif aux missionnaires.
1895: Le pensionnat Indien d'Alberni est installé à Port Alberni (Ile de Vancouver) par les Presbytériens et est utilisé
contre les groupes tribaux restants de la côte ouest, tels les Ahousats.
1900: L'arrivée massive d'immigrants Européens dans le Canada Ouest modifie le rapport numéraire entre population
native et non native : les peuples aborigènes sont désormais minoritaires.
1905: Plus d'une centaine de pensionnats Indiens fonctionnent au Canada, 60% d'entre eux étant gérés par l'Eglise
Catholique Romaine. La plupart de ces écoles sont dans l'ouest ; un tiers d'entre elles sont en Ontario et dans les
provinces Maritimes. De plus, plus d'une centaine d'écoles de jour sont administrées par les Eglises Catholique et
Protestante, à travers le Canada.
Janvier 1906: Une hystérie collective est générée par une campagne médiatique contre les cérémonies Potlatch de la
côte ouest. Le but est de faire pression à la fois sur le gouvernement de Colombie Britannique et sur le gouvernement
Fédéral pour qu'ils renforcent sévèrement les lois anti-Potlatch et simultanément forcent un plus grand nombre
d'Aborigènes à s'entasser dans des réserves insalubres. (voir Fig. 8b)
1906-10: Une autre campagne d'hystérie raciste est lancée par les médias au sujet des "mariages interraciaux" et de la
"vente de jeunes esclaves blanches" au sein des Nations Aborigènes de la côte ouest. Ceci sert de prétexte à l'extension
du contrôle des églises et des missionnaires sur tous les villages Indiens, principalement en Colombie Britannique. Cette
campagne porte ses fruits et de nouvelles écoles résidentielles Indiennes pour filles sont ouvertes sur l'Ile de Vancouver
(voir l'acticle de 1906 et la correspondance de 1910, Fig. 8c,d,e)
1907: Le Dr. Peter Bryce, Officier Médical en Chef du Département des Affaires Indiennes, est mandaté par le
Superintendent Duncan Campbell Scott pour visiter les écoles résidentielles de l'ouest du Canada, et étudier les
conditions de santé des enfants qui y sont internés. Bryce rédige un rapport accablant qui est aussi le constat que les
enfants sont délibéréments exposés à la tuberculose ou autres maladies infectieuses par les membres des équipes
d'encadrement, puis sont laissés sans aucun soin, le résultat étant la mort de plus de cinquante pour cent des enfants.
Bryce fournit les statistiques à l'appui et déclare que le personnel des écoles résidentielles camoufle ou supprime les
traces mettant en évidence ces pratiques meurtrières qui conduisent à un tel taux de mortalité. (voir la lettre du Dr. Bryce
et le résumé de ses découvertes, Fig. 9a et 9b)
15 Novembre 1907: Le rapport de Bryce est cité dans le journal Ottawa Citizen et dans d'autres journaux nationaux.
(Fig. 10)
1908-9: Le Superintendent Duncan Campbell Scott du DAI fait disparaître le rapport du Dr. Bryce, et limoge Bryce du
Département. Bryce tente ensuite de publier ouvertement la vérité sur cette escalade des taux de mortalité dûs à la
tuberculose chez les Indiens, lors de la Rencontre Annuelle de 1909 de la Fondation Canadienne pour la Tuberculose.
Scott mène alors une campagne de calomnies et de contre-information contre Bryce. Ces campagnes aboutissent, Bryce
tombe dans l'obscurité et l'oubli, et son rapport est oublié jusqu'en 1920. Mais cette année-là, il en publie les éléments
dans un document sous le titre A National Crime, dont la libre circulation est plus ou moins entravée par le
gouvernement Canadien. (voir texte complet de A National Crime en Annexe)
Novembre 1910: Le cadre légal, suivi du contrat pour la mise en œuvre des écoles résidentielles Indiennes est établi et
ratifié à Ottawa par le gouvernement du Canada et les Eglises Catholique Romaine, Anglicane, Presbytérienne,
Méthodiste (prédécesseurs des Eglises Unies du Canada formées en 1925). (voir Fig. 4 : copie de l'en-tête de ce contrat)
Février-Mars 1919: Le taux de mortalité dû à la tuberculose chez les enfants en écoles résidentielles grimpe jusqu'à
dépasser soixante quinze pour cent certaines année. Ce qui n'empêche pas Duncan Campbell Scott, alors à la tête du
Département des Affaires Indiennes, de supprimer le poste d'inspecteur médical d'écoles résidentielles. Dans les deux
années qui suivent, le nombre de morts va jusqu'à tripler dans les écoles car le nombre d'admissions d'enfants augmente
proportionnellement. (voir la lettre rapportant l'abolition du poste de l'inspecteur médical, et le graphique illustrant
l'augmentation du taux de mortalité après 1919, Fig. 12).
Avril 1920: Les lois fédérales rendent ces écoles obligatoires pour tout enfant aborigène canadien âgé de 7 ans ou plus.
1923: Le terme de "école résidentielle" est adopté pour la première fois dans par l'église officielle et par le
gouvernement.
1925: Le Parlement du Canada crée l'Eglise Unie du Canada selon les termes de l'Acte de l'Eglise Unie du Canada. La
charte de la fondation de cette église proclame son projet, qui est de "canadianniser et christianniser tous les peuples
païens et étrangers de notre grande nation". Cette Eglise, subventionnée par l'état, en devient le bras droit, et hérite de
toutes les écoles résidentielles (ainsi que des terres des Autochtones) alors aux mains des églises Presbytérienne et
Méthodiste.
1927: Une loi décrétée en Colombie Britannique retire à toute personne aborigène le droit de faire appel à un avocat ou
même de le consulter, ou encore de se présenter à une cour de justice. De plus, les aborigènes n'ont pas le droit de
participer à une transaction commerciale, n'ont pas le droit de vote et sont privés des droits civiques les plus
fondamentaux.
1928: La Loi de Stérilisation Sexuelle des malades mentaux est passée dans la législation de l'Alberta. Cette loi,
détournée, permettra que tout pensionnaire détenu dans les écoles résidentielles Indiennes puisse être stérilisé contre sa
volonté au gré du Principal de l'école. Au moins 8500 femmes et enfants aborigènes sont alors stérilisés en Alberta sous
le couvert de cette loi, qui restera en application jusqu'en 1973, en dépit de la proscription de la pratique de stérilisation
forcée, par les Nations Unies en 1948 (voir l'article décrivant les cas en Alberta, Fig. 13.)
(A noter que la stérilisation est toujours pratiquée aujourd'hui sur les minorités ethniques en Afrique, en Alaska, au
Canada, et dans des pays du tiers-monde, à l'aide de produits ajoutés à des vaccins, ou encore par des produits nécrosant
les ovaires, administrés au moment d'un prétendu examen gynécologique. Pratiques essentiellement à l'initiative des
USA et du Canada - en Chine également, mais à l'intérieur de leurs frontières)
1929-1933: Le gouvernement du Canada demande officiellement aux églises d'assumer la charge des écoles
résidentielles, et nomme le Principal des écoles - un ecclesiastique - tuteur légal de tout enfant aborigène de ces écoles.
(voir Formulaire d'Admission, Fig. 14).
1933: Une loi de stérilisation sexuelle identique à celle d'Alberta est passée en Colombie Britannique. Il existe alors trois
centres importants de stérilisation mis en service par l'Eglise Unie du Canada: l'un au Grand Hôpital R.W. de Bella
Bella, Colombie Britannique, sous la conduite du missionnaire Dr. George Darby Sr., un autre à l'Hôpital Indien de
Nanaimo, et un autre à l'hôpital Charles Camsell d'Edmonton, Alberta. Des milliers d'hommes et de femmes y sont
stérilisés jusqu'aux années 1980, pendant que par ailleurs d'autres formes de stérilisation sont adoptées, utilisant comme
vecteur les vaccins ou provenant d'autres initiatives appelées "de santé publique" (voir copie de l'article de la Loi de
1933, Fig. 15)
Février 1934: Une tentative par le gouvernement du Canada pour éliminer progressivement les écoles résidentielles en
incorporant les enfants natifs soit dans un système d'écoles publiques soit en écoles de jour, est mise en échec par une
pression du grand public, résultat de manipulations, par voie de presse, faites par les dirigeants des église Catholiques et
Protestantes (Voir dans l'article du Toronto Star la réponse de l'Eglise à l'option gouvernementale sur les écoles de
jour, Fig. 16)
Note: Le gouvernement canadien a souhaité fermer les écoles résidentielles à plusieurs reprises au cours du 20ème
siècle. Au moins à deux époque: 1934, et aussi au lendemain de la 2ème guerre mondiale. On peut émettre certaines
hypothèses concernant les raisons de cette volonté gouvernementale de mettre fin aux écoles résidentielles. En 1934, le
gouvernement a dû éprouver des inquiétudes devant une évolution de la juridiction aux USA favorable aux Natifs: le
vote d'une loi, l'IRA (Indian Reorganization Act) validée par le Congrès, qui offrit certaines protections aux aborigènes,
par exemple leur donnant le droit d'engager des poursuites contre l'Etat Fédéral. En 1934 également eut lieu au Canada
une Commission Royale (initiative dite "parentale, individuelle et publique") qui enquêta sur une affaire de 19 garçons
maltraités (fouettés).
Après la 2ème guerre mondiale, le gouvernement eut peut-être d'autres craintes que certaines révélations ne parviennent
au grand public : la question du génocide en Europe et du procès de Nuremberg était de toute première actualité et il ne
fallait pas que l'idée d'un génocide canadien ne germe dans l'esprit du public; autre événement inconfortable pour le
Canada, les USA votèrent une autre loi en faveur des aborigènes, la Loi Anti-Discrimination (16 février 1945). En
Alaska, le "Alaska Indian Service" est devenu le "Alaska Native Service".
Et à tous moments, la résistance Indienne (voir rubrique sous ce titre plus loin) qui a provoqué plusieurs incendies
d'écoles, menaçait d'attirer de trop près l'attention de la presse et du grand public.
Janvier 1939: Des enfants natifs Cowichan sont utilisés dans des expérimentations médicales dirigées par des
"médecins qui parlent allemand" à l'école résidentielle Catholique de Kuper Island en Colombie Britannique, et au
moins 10 enfants meurent des expériences. La RCMP étouffe l'enquête à propos de ces décès.
1946-1948: L'organisation des Nations Unies prépare sa Convention sur le Génocide, qui définit ce crime selon trois
aspects : physique, biologique et culturel. Des diplomates des USA et du Canada travaillent activement à contourner et
redéfinir cette définition large du génocide, le but étant de parvenir à restreindre la Convention de sorte qu'elle ne puisse
traiter que les cas de génocides physiques, tels que les meurtres en masse ou les programmes de nettoyage ethnique par
la violence.
1949-1952: Le Canada et les USA réussissent à imposer leur réécriture de la Convention du Génocide des Nations
Unies, et la définition de génocide est désormais restreinte à la notion de génocide physique. Le Canada refuse d'adopter
la Convention dans sa totalité et empêche au niveau du Parlement l'introduction des textes de la Convention dans son
système de législation, empêchant donc du même coup son implantation sous forme de nouvelles lois canadiennes. Le
Ministre des Affaires Etrangères (et aussi futur Premier Ministre) Lester Pearson proclame au Parlement que des
conditions de génocide n'ont jamais existé au Canada, et qu'aucun enfant n'est transporté de force d'un groupe éthnique à
un autre. (Voir Seconde Partie de ce livre)
1946 – 1979: Le projet Paperclip, un programme Anglais et Américain fait appel à des scientifiques et des médecins
nazis pour les programmes de recherche, concernant entre autre les armes biologique et le contrôle mental. Des enfants
aborigènes sont utilisés pour les expérimentations, dans le secret partagé avec les Eglises Catholique, Anglicane et Unie
du Canada. Les enfants testés proviennent d'écoles résidentielles d'Ontario, du Québec, d'Alberta et de Colombie
Britannique. On ne connaît pas le nombre d'enfants morts lors des expériences et les enterrements se font en secret à l'Ile
de Vancouver et à Mission (Colombie Britannique), à Suffield et à Calgary (Alberta), à Thunder Bay en Ontario et dans
des sites moins importants situés sur des bases militaires ou à proximité de celles-ci.
Des ramifications du programme Paperclip sont installées dans des hôpitaux de l'Eglise Unie ou du gouvernement, à
Nanaimo, Brannen Lake, Sardis, Bella Bella, Vancouver, Victoria, et Prince Rupert en Colombie Britannique, à Red
Deer, Edmonton, Calgary et Ponoka en Alberta, à l'hôpital Psychiatrique de Lakehead à Thunder Bay, Ontario, au Allan
Memorial Institute à Montréal. Ces programmes concentrent leurs recherches sur le contrôle mental et les modifications
de comportement, et utilisent des enfants d'écoles résidentielles, des prisonniers, des orphelins, des enfants fugueurs, etc.
1951-1975: Pendant la même période, un programme de stérilisation massif est démarré contre les peuples natifs de l'Ile
de Vancouver, en particulier contre les tribus indépendantes Cowichan et Chemainus, qui ont conservé leurs droits sur
leurs terres et ont gardé leur mode de vie tribal traditionnel. Des témoins décrivent les stérilisations massives de
plusieurs centaines de femmes Cowichan dans le Duncan, une région de Colombie Britannique, sous les "soins" du Dr.
James Goodbrand, entre autres, opérant à l'hôpital Régional de Cowichan, à la clinique King’s Daughters et à l'hôpital
Indien de Nanaimo. La stérilisation forcée des enfants des chefs traditionnels continue aujourd'hui, à l'heure actuelle.
(voir l'Article II d “Mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe”).
Note: la descendance des chefs traditionnels est, pour le gouvernement, l'adversaire potentiellement le plus "dangereux"
concernant la revendication des droits des Autochtones sur leurs terres. Ces enfants une fois adultes, sont ceux - ou
celles (pour les cas de tribus à système matriacal) - qui sont le plus susceptibles de se sentir investis de la lutte pour
regagner les terres colonisées, de leur point de vue volées par les Blancs. D'où l'effort particulier sur l'éradication de
cette descendance.
1964-70: Des milliers d'enfants Indiens sont enlevés à leurs familles - c'est la terrible "Rafle des Sixties" bien connue
des Indiens. Au cours de cette rafle, le gouvernement fédéral et les gouvernements provinciaux séparent par des
méthodes brutales les enfants natifs de leurs parents, alors que les écoles résidentielles sont sur le déclin. Ces enfants
sont souvent arrachés à la mère dès la naissance et placés en foyer d'accueil ou maisons de soins ("foster homes") non
aborigènes, ou encore en hôpitaux. De faux certificats de décès sont régulièrement établis pour les enfants utilisés pour
les tests de laboratoires dans des locaux divers, par exemple à l'Hôpital Indien de Nanaimo. (voir les témoignages des
survivants d'hôpital Joan et Esther Morris, et Kenny Quatell dans la page Témoignages du site).
1969: Le ministre des Affaires Indiennes Jean Chrétien confirme par la publication de son "White Paper" (traduit par
"Livre blanc"), document déposé au Parlement, sa politique fortement assimilationiste. Par cette politique, les peuples
aborigènes se voient amputés de toute identité en tant que peuples originaire. Des protestations énergiques s'élèvent
(publication d'un "Red Paper" par les Autochtones) et le Livre blanc sera retiré.
1970: Une révolte de familles d'Autochtones dans la réserve Indienne de Bluequills à St Paul, en Alberta, provoque
l'expulsion de religieuses et de prêtres hors de l'école résidentielle locale. Des parents en colère occupent l'école et
retiennent l'Agent Indien local en otage, et exigent du ministre Jean Chrétien soit de fermer l'école, soit de la laisser en
activité à condition qu'elle ne soit administrée que par la bande native locale. Jean Chrétien capitule et demande à
l'Eglise Catholique de se retirer de l'école. Cet événement amorce une tendance qui aboutira à la remise aux mains des
bandes locales, par le gouvernement fédéral, toute l'éducation Indienne, ce qui s'effectue entre le début et la moitié des
années 70.
1972-75: La plupart des écoles résidentielles dans tout le Canada sont soit fermées, soit remise aux bandes Autochtones
locales, mais dans certains cas (telle que l'école catholique de Ste Mary à Mission, en Colombie Britannique) continuent
de fonctionner sous les mêmes conditions de violences et d'abus qu'auparavant. Et d'autre part des milliers d'enfants
aborigènes continuent d'être retirés de leurs foyers conformément à des programmes de placement en famille d'accueil.
1972-3: Le Département des Affaires Indiennes ordonne la destruction de tous les dossiers et archives personnels
touchant chaque personne Autochtone, ce qui inclut les actes de propriété originels (ces dossiers sont les "statuts"
individuels Indiens jusqu'alors conservés par les bureaux du DAI à travers le Canada).
Aucune explication n'est donnée sur cet acte de destruction, mais le résultat est d'effacer toute preuve de possession
originelle des terres, de blanchir la généalogie de milliers d'Autochtones, et ce au moment où des bandes aborigènes
commence à récupérer le contrôle sur leurs propres affaires. (voir une lettre décrivant cette acte, Fig. 17)
1984: La dernière école résidentielle, au nord de la Colombie Britannique, est fermée. Mais la déculturation de
nombreux enfants natifs se poursuit par le système du "foster homes", l'adoption en familles non-natives.
1990: Un associé du parti Libéral et du gouvernement, le "Grand Chef" Phil Fontaine (de l'Assemblée des Premières
Nation - cofondée par l'état), révèle publiquement ce qu'il appelle "les abus" dans les écoles résidentielles. C'est la
première fois qu'à lieu une telle révélation en public mais Fontaine évite toute mention des décès d'enfants dans les
écoles, hôpitaux, ou autre.
Mars 1993 - Janvier 1995: Des témoins aborigènes de meurtres perpétrés dans les écoles résidentielles de l'Eglise Unie
d'Alberni parlent de la mort des enfants, publiquement, pour la première fois, depuis la chaire du Révérend Kevin Annett
de l'Eglise Unie de St André à Port Alberni, Colombie Britannique. Lorsque K.Annett dénonce une tractation secrète
concernant des terres entre son église et la compagnie d'exploitation forestière MacMillan-Bloedel (aujourd'hui
Weyerhauser) - il s'agit de terres volées au peuple Ahousat -, il est licencié par cette église. (voir article du Vancouver
Sun Fig.18.)
Décembre 13, 1995: Le meurtre d'enfants à l'école résidentielle d'Alberni est rapporté pour la première fois dans la
presse (Voir Fig. 19, l'article du Vancouver Sun)
Décembre 18-20, 1995: Deux aborigènes, Harriett Nahanee et Archie Frank, témoignent de meurtres dans des écoles
résidentielles de la côté ouest. C'est la première fois que de tels témoignages sont rendus publics et leurs histoires sont
rapportées dans le Vancouver Sun. Ces deux témoins déclarent avoir vu un responsable de l'Eglise Unie, Alfred
Caldwell, frapper et battre jusqu'à la mort les écoliers Maisie Shaw et Albert Gray, en 1946 et 1938 respectivement.
(Voir ces articles Fig. 20 et 21)
3 Février 1996: La première action en justice des survivants de l'école résidentielle d'Alberni est menée contre l'Eglise
Unie et le gouvernement du Canada (voir l'article du Vancouver Sun Fig. 22). L'Eglise répond par une contre-attaque
juridique et essaie d'obtenir une "mise à ban" (réduire au silence par décision de cour de justice) mais échoue dans sa
démarche.
9 Février 1996: L'Eglise Unie commence en interne le travail de traitement de dossier pour rayer Annett définitivement
(pour le "délister", sorte d'excommunication), ce qui s'effectue en mars 1997. Annett est expulsé de l'Eglise sans motif ni
procès, et l'opération, sans précédent dans l'histoire de l'Eglise Unie, coûte $250.000 à l'Eglise. (Voir lettres du cas de
K.Annett, Fig. 23)
Septembre 1997: Lors de son travail de recherche pendant sa thèse de doctorat, à l'UBC (université de Colombie
Britannique), Kevin Annett découvre un document (le formulaire "Application for Admission", voir Fig. 26) prouvant
que le Principal de chaque école résidentielle (des agents de l'Eglise) a été promu tuteur légal de chaque enfant en école
résidentielle dès 1929. L'année précédente, les lois de stérilisation sexuelle avaient été prononcées. Annett fournit ce
document aux médias et aux avocats des survivants des écoles résidentielles qui poursuivent en justice l'Eglise Unie et le
gouvernement. Le résultat fut que l'Eglise Unie et le gouvernement du Canada furent déclarés responsables de crimes
commis contre des enfants à l'école résidentielle d'Alberni. Le nombre de poursuites intentées par les survivants contre
le gouvernement et les Eglise Catholique, Anglicane et Unies du Canada s'élève à plus de 5000 en 1998.
Juin 12-14, 1998: Le premier Tribunal pour le cas des écoles résidentielles du Canada est conduit à Vancouver par une
branche des Nations Unies, l'IHRAAM (International Human Rights Association of American Minorities). Des preuves
sont apportées par des survivants des écoles, indiquant que tous les actes définis comme actes de génocide par les
Nations Unies ont été commis dans les écoles, dans tout le Canada. Aucun des 34 officiels du gouvernement ou de
l'église cité à comparaître ne répond à l'accusation. Le tribunal conclut en reconnaissant que ces preuves nécessitent une
enquête complète de génocide au Canada. Mais il ne se passera rien, à cause de pressions exercées par le gouvernement
canadien sur les Nations Unies, à l'appui d'une campagne menée contre les organisateurs de ce tribunal. Néanmoins,
Annett et les juges de ce tribunal, Royce et Lydia WhiteCalf rédigent leur propre rapport, qui ne sera publié que dans un
seul journal dans tout le Canada (Voir article de l'IHRAAM, Fig. 27 et l'article du Globe and Mail, Fig. 28)
L'auteur affirme que le Tribunal de l'IHRAAM a été saboté de l'intérieur par une équipe travaillant pour le CSIS
canadien et peut-être pour la CIA. Cette équipe était constituée: du juge James Craven, des natifs Amy Tallio and Kelly
White de Vancouver, et de Dean Wilson de Waglisla, Colombie Britannique, ainsi que des officiels de l'Eglise Unie du
Canada David Iverson, Brian Thorpe, Alvin Dixon et Jim White. (Voir le document en anglais sur le sabotage du
Tribunal de l'IHRAAM dans les Annexes)
Aout 1998 – Janvier 1999: La RCMP, l'Eglise Unie et des agents aborigènes rémunérés conduisent une campagne
intensive de désinformation contre Kevin Annett, les Whitecalfs et autres personnes en relation avec le tribunal de
l'IHRAAM. Cette campagne est organisée par l'inspecteur RCMP Peter Montague de la Division “E” à Vancouver, les
responsables Brian Thorpe, John Siebert et David Iverson de l'Eglise Unie et les avocats Jon Jessiman et Iain de l'Eglise
Unie. D'autres preuves de responsabilités dans les crimes en écoles résidentielles sont l'objet d'un "blackout" dans les
médias canadiens et un système de censure et de négations est mis en place par le gouvernement et les églises sur
l'ensemble du problème.
Septembre 1998: Malgré ce travail de contre-information, le juge Douglas Hogarth de la Cour Suprême de Colombie
Britannique conclut, à l'issue d'un procès de deux ans, à une responsabilité partagée à égalité entre l'Eglise Unie et le
gouvernement, concernant les sévices infligés aux enfants aborigènes dans l'école résidentielle d'Alberni, ce qui ouvre
les vannes à des milliers de nouvelles poursuites judiciaires contre ces deux entités.
27 Octobre 1998: le journal Vancouver Province rapporte la mort de deux hommes Natifs, Simon Danes et Darryl
Watts, qui poursuivaient l'Eglise Unie en justice. Des avocats de l'Eglise Unie admettent que cette église, avec
l'approbation du gouvernement fédéral, les a engagé pour plaider sa défense à propos des crimes commis dans l'école
résidentielle d'Alberni depuis 1960 et au-delà, et à propos des kidnapping d'enfants. La mort de Simon Danes et Darryl
Watts oblige l'Eglise Unie à émettre des excuses prudentes et quelques compensations financières à certains survivants
de l'école d'Alberni (Voir l'article du Province, Fig. 29)
Janvier 1999: Le magazine anglais, The New Internationalist, reporte des découvertes du Tribunal de l'IHRAM, qui
comportent les preuves de meurtre d'aborigènes, ainsi que des attaques contre Kevin Annett. Mais ce magazine est
menacé et réduit au silence par l'Eglise Unie et par les avocats du gouvernement du Canada, dans une campagne
conduite à Toronto par deux officiels de l'Eglise Unie, David Iverson et John Siebert. (Voir Fig. 30)
Mars 1999: En réponse au Tribunal de l'IHRAAM, et devant l'augmentation des actions en justice et de la publicité faite
à propos de sa complicité dans le génocide, le gouvernement du Canada annonce la création de la Fondation autochtone
de Guérison (AHF: Aboriginal Healing Fund) en coordination avec l'Assemblée des Premières Nations (fondée aussi par
l'Etat) chargée d'administrer le financement des frais d'indemnisation. Plus de la moitié des fonds - supposés de plus de
350 millions de dollars - seront engloutis par les frais administratifs et pas un centime de cet argent ne parviendra aux
victimes des écoles résidentielles.
Avril 2000: Un article sous le gros titre Enfants Natifs "utilisés pour des expériences" sort dans le Vancouver Sun.
Dans cet article, le gouvernement fédéral admet avoir conduit certaines expériences sur les caries dentaires et les
gingivites dans les écoles résidentielles. (voir Fig. 31)
Juin 2000: Le nombre de poursuites menées par les survivants des écoles résidentielles contre les églises et le
gouvernement s'élève à environ 10.000. Pour enrayer cette escalade, le gouvernement commence à limiter la portée des
poursuites par des lois spécifiques qui a) restreignent le nombre de poursuites, b) endosse les responsabilités qui pèsent
sur les exécutants - les églises - par un déplacement des charges vers lui-même (le gouvernement), et c) par conséquent
déplace la charge financière provoquée par ces procès, charge qui pesait sur l'Eglise Unie, en direction des contribuables.
Le résultat de cette opération est la non-responsabilité et l'immunité légale de l'Eglise par rapport aux accusations.
Ce même mois, une cour de justice d'Alberta rejette la mention de violations des droits de l'homme en tant que motif
d'une action en justice par les survivants des écoles résidentielles, ce qui pourra permettre ultérieurement de réduire les
coûts d'indemnisation éventuelle. (Voir l'article du 3 juin 2000 du Vancouver Sun, Fig. 32)
3 Septembre 2000: La Truth Commission et Kevin Annett publient la première édition de Hidden from History: The
Canadian Holocaust. Les efforts de l'Eglise Unie pour faire interdire cette publication échouent.
Septembre-Octobre 2001: Des décisions judiciaires en Ontario, en Alberta et en Colombie Britannique nient les
déclarations de pratique de génocide faites par des survivants d'écoles résidentielles, prononcent l'absolution légale des
églises concernant la responsabilité directe des dommages aux enfants et décrètent irrecevables à l'avenir les poursuites
portant sur des actes antérieurs à 30 ans (alors que la majorité des écoles résidentielles furent fermées en 1970). De ce
fait, et depuis lors, il n'existe plus aucun recours légal au Canada pour la majorité des survivants des écoles
résidentielles.
24-30 Janvier 2002: Deux témoins oculaires de crimes en écoles résidentielles, Willie Sport et Archie Frank, meurent
tous deux juste avant d'être interrogés par Kevin Annett et par une équipe de cinéastes documentaires, à Port Alberni,
Colombie Britannique. Willie Sport était le témoin de la pratique d'exposition volontaire d'enfants à la tuberculose à Port
Alberni et Archie Frank était témoin du meurtre d'Albert Gray en 1938 par le Révérent Alfred Caldwell. Ces deux
hommes sont morts à l'Hôpital West Coast General Hospital juste deux jours avant l'interview, la cause de leur décès n'a
jamais été révélée et leurs familles refusent de fournir des détails à ce sujet.
Avril 2002: Kevin Annett publie son second livre, Love and Death in the Valley. L'Eglise Unie et l'avocat du
gouvernement fédéral Marvin Storrow tentent en vain de faire interdire la publication du livre.
Septembre 2002: De nombreuses poursuites en suspens menées par des survivants ont été arrêtées, mises hors-circuit
contre des compensations dérisoires de 10.000 dollars, par décision de la Cour de justice. Ces décisions sont
accompagnées de mise à ban strictes qui interdisent aux survivants de parler plus avant des crimes commis contre eux ou
de discuter des détails de la décision définitive. Plus de la moitié des dossiers de ces poursuites sont tenus par le Groupe
Merchant Law, dirigé par Tony Merchant, un intime du gouvernement Libéral (ce qui indique clairement les
corrélations, dans le cas des écoles résidentielles, entre les processus juridiques et l'Etat).
Printemps 2003: Les Eglises Anglicanes et Unies lancent une campagne massive d'information par les médias et parmi
leurs propres membres, comme quoi les frais de justice consécutifs aux poursuites mènent les églises à la "faillite".
Aucune preuve ni document n'est apporté par les églises à l'appui de ces dires. Ce qui n'empêche pas les médias de
rendre compte de ces plaintes sans les mettre en doute. En réponse, le gouvernement déclare qu'il supportera 1% du coût
et des responsabilités à assumer concernant les revendications à propos des écoles, en dépit de l'arrêt de la Cour ayant
établi que les églises et l'Etat supportent à égalité la responsabilité des crimes dans les écoles résidentielles.
16 Octobre 2003: Vingt jeunes et anciens aborigènes occupent l'église Anglicane St James à Vancouver pour protester
contre le refus de cette église de reconnaître les meurtres d'enfants dans les écoles résidentielles. La police intervient
mais ne procède pas à des arrestations. Cependant, les dirigeants des Eglises Catholique, Anglicane, et Unies font appel
à des services de milice privés qui désormais surveillent tous les offices se déroulant au centre-ville de Vancouver.
Avril – Décembre 2004: Cinq groupes indigènes Maya du nord du Guatemala rédigent une "denuncia", une lettre de
protestation formelle, et l'adressent à l'embassade canadienne, à Ciudad Guatemala, et exigent une réponse aux charges
de génocide contre les Autochtones pesant contre le Canada et ses églises. Le gouvernement canadien refuse de répondre
directement et les auteurs de cette lettre émettent deux nouvelles denuncias en direction d'Ottawa, demandant quelles
sont les actions qui seront entreprises pour amener en justice les meurtriers des enfants Natifs. Ne recevant aucune
réponse, les Mayens s'adressent aux Nations Unies pour déposer un appel exigeant une enquête internationale au sujet du
génocide au Canada. (Voir le texte de ces denuncias, Fig. 33a, b, c)
5 Mars 2005: Une source confidentielle provenant de l'Assemblée des Premières Nations (AFN, financée par l'Etat)
informe Kevin Annett d'un projet de réinstauration d'écoles résidentielles Indiennes sous le contrôle aborigène. Ce même
mois, à Vancouver, le conseil de bande des Musqueam passe une motion permettant que les enfants Musqueam soient
envoyés en Alberta pour "leur éducation et leur bien-être". (la co-présidente de l'AFN et auparavant cadre aux Affaires
Indiennes est Wendy Grant, un membre du conseil de bande des Musqueam).
28-30 Mars 2005: Une Marche Aborigène Nationale de Prévention du Suicide, partant de Duncan, Colombie
Britannique, et allant jusqu'à Ottawa, déclare publiquement son intention de proclamer, lors de cette manifestation, la
vérité sur le génocide en tant que cause de suicide des aborigènes. Deux jours après, la Marche est sabotée par les cadres
de l'AFN: des responsables (incluant Wendy Grant et Phil Fontaine) parviennent à soudoyer l'organisateur de la Marche,
Vincent Watts, pour que la Marche soit dissociée de toutes questions de génocide et aussi pour en écarter Kevin Annett.
15-17 Avril 2005: Le Jour du Memorial de l'Holocauste National Aborigène (National Aboriginal Holocaust Memorial
Day) est inauguré à Vancouver, Winnipeg and Edmonton par les survivants des écoles résidentielles et par d'autres
personnes, pour honorer la mémoire des enfants morts dans les écoles, et pour demander que soient restitués leurs restes.
A Vancouver, un vigile est posté à l'entrée de la cathédrale (Anglican Christ Church), et, après avoir refusé de parler
avec les protestataires aborigènes, les officiels de l'église appellent la police sous le prétexte que "les Indiens essaient de
perturber le service".
Fin Avril 2005: L'Eglise Anglicane lance une campagne d'intimidation et de désinformation, proclamant que Kevin
Annett et ses supporters "essaient de perturber les services religieux". La police poste des gardes autour des églises du
centre-ville et renient un droit démocratique de ce pays: le droit de rassemblement sur un lieu public à l'extérieur des
églises.
9 Mai 2005: Les aborigènes de Vancouver apportent à Kevin Annett des preuves d'existence de charniers d'enfants et de
femmes disparus, les sites d'enterrement se trouvant dans les réserves Indiennes Musqueam et Squamish. Le CBC, le
bureau du Procureur-General, la RCMP et la Police de Vancouver sont au courant de ces lieux d'enterrement depuis 4
ans et ont toujours refusé d'enquêter.
Introduction
La Convention des Nations Unies sur le Génocide (1948)
La Convention des Nations Unies sur la prévention et les sanctions du crime de génocide fut décrétée à l'Assemblée
Générale de New York le 9 décembre 1948. Cette Convention définitive, cependant, était fortement réduite par rapport
aux texte initiaux de la résolution de Convention de Génocide proposée initialement en Assemblée Générale, cette
réduction résultant d'un effort conjugué du Canada et des USA pour réduire son domaine d'application aux seuls crimes
physiques.
Le Canada approuva la version finale ainsi expurgée de la Convention lors d'une séance de son Parlement en mai 1952,
mais le Ministre des Affaires Etrangères et le futur Premier Ministre Lester B. Pearson s'arrangèrent pour bloquer le
passage des articles de la Convention dans la législation active, de sorte qu'elle n'était pas applicable sur le sol Canadien.
Ce n'est qu'en l'an 2000 que ces lois furent activées par le Parlement, et ceci uniquement grâce au travail de la Truth
Commission et à l'augmentation des preuves venant grossir le dossier des actes génocidaires dans les écoles
résidentielles. Aujourd'hui, en tant que signataire de cette Convention, le Canada, son gouvernement et ses dirigeants,
ses églises et ses citoyens sont donc tous pareillement engagés par cette loi internationale aux termes de cette
Convention, dont voici un extrait des éléments-clés :
ARTICLE PREMIER
Les Parties contractantes confirment que le génocide, qu'il soit commis en temps de paix ou en temps de
guerre, est un crime de droit international, qu'elles s'engagent à prévenir et à punir.
ARTICLE II
Dans la présente Convention, le génocide est défini par l'un quelconque des actes ci-après, commis dans
l'intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, tel que :
a) Meurtre de membres du groupe;
b) Atteinte grave à l'intégrité physique ou mentale de membres du groupe;
c) Soumission intentionnelle du groupe à des conditions d'existence devant entraîner sa
destruction physique totale ou partielle;
d) Mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe;
e) Transfert forcé d'enfants d'un groupe à un autre groupe.
ARTICLE III
Seront punis les actes suivants :
Le génocide;
L'entente en vue de commettre le génocide;
L'incitation directe et publique à commettre le génocide;
La tentative de génocide;
La complicité dans le génocide.
ARTICLE IV
Les personnes ayant commis le génocide ou l'un quelconque des autres actes énumérés à l'article III seront
punies, qu'elles soient des gouvernants, des fonctionnaires ou des particuliers.
Plan de cet ouvrage
Le but de ce livre et de la Truth Commission est de démontrer que, sur la base de preuves exhaustives apportées par des
témoignages, des documents et des archives, les cinq crimes constitutifs d'un génocide, tels que définis dans l'Article II
de la Convention des Nations Unies sur le génocide, non seulement ont été commis volontairement et sytématiquement
dans les écoles résidentielles Indiennes et hôpitaux adjacents pendant un siècle, de 1886 à 1984, mais que ce génocide a
été légiféré, protégé par la Loi, moralement justifié et perpétré par toutes les institutions majeures du Canada, incluant
tous les niveaux du gouvernement, la RCMP et les Eglises Catholique Romane, Anglicane, Presbytérienne, Méthodiste
et Unie du Canada.
Il apparaît aussi à l'analyse de cette histoire tragique que le plan génocidaire du gouvernement et de l'Eglise ne réside pas
dans le programme des écoles résidentielles mais y culmine simplement. Le génocide plannifié des peuples aborigènes
du Canada est bien plus ancien que cela. Il commence au seizième siècle et représente un nombre inconnu de morts,
mais supposé de l'ordre de plusieurs millions.
Nous démontrerons aussi que, à l'aide de statistiques du Département des Affaires Indiennes, de témoignages apportés
de vive voix, de la correspondance officielle, et d'autres éléments de recherche compilés par notre Commission, on
déduit facilement que ce régime génocidaire est cause de la mort en école résidentielle ou hôpitaux d'un nombre
d'enfants se situant entre 50.000 et 100.000 pendant la période de l'exploitation de ces écoles. Les suites et séquelles des
séjours en écoles résidentielles ont également causé un nombre de morts difficile à chiffrer, mais qu'on peut estimer à
plusieurs milliers d'Autochtones, morts des effets traumatiques à long terme, sur eux-mêmes et sur leur descendance.
Ce livre et la Truth Commission conclueront que le gouvernement du Canada, la RCMP et les Eglises Catholique
Romane, Anglicane, Presbytérienne, Méthodiste et Unie, sont tous coupables en tant qu'institutions et en tant que
groupes d'individus, et qu'ils doivent être poursuivis au niveau international sous l'accusation de crime contre l'humanité
infligé aux peuples aborigènes du Canada.
Selon les principes de la Loi de Nuremberg, adoptés par la Commission des Lois Internationales des Nations Unies en
1950, le bouclier de souveraineté nationale ne peut plus protéger les individus engagés dans des actes de génocide ou
l'ayant plannifié. Les nations sont dans l'obligation d'engager des poursuites contre leurs citoyens dont la culpabilité est
reconnue, et l'argument exprimé, afin d'éviter les procès, de vide juridique ou de manque de législation interne
permettant l'instruction et le jugement de ce type de crime, n'est pas recevable.
De plus, les sept Principes de Nuremberg prévoient une juridiction universelle concernant le crime génocidaire, ce qui
signifie que toute nation signataire de la Convention peut ouvrir un procès contre toute autre nation violatrice de ces lois.
En juillet 1999, la Cour Criminelle Internationale (CCI) fut fondée à Rome par 120 nations, incluant le Canada. Son
mandat, en théorie, donne l'absolue juridiction sur tous les crimes de génocide commis dans le monde, ainsi que le
pouvoir de poursuivre ceux qui sont ou ont été responsables de ces crimes. La CCI a élargi la définition de génocide
pour qu'y soient intégrés les termes de viol, avortement forcé, prostitution forcée, et violence et esclavage sexuel. Tous
les crimes se sont produits dans les écoles résidentielles et sont toujours pratiqués impunément contre les Autochtones.
Plus avant dans la Convention de la CCI, le génocide est défini comme "manifestement illégal per se", ce qui rend nulle
et non avenue toute argumentation de défense d'un accusé évoquant "qu'il ne fait qu'obéir aux ordres de ses supérieurs",
ou "qu'il ignorait que ces actes étaient illégaux". En fait, sous le mandat de la CCI, toute personne est automatiquement
coupable de complicité de génocide, par le seul fait de s'être associée au système ou à l'organisation génocidaire.
Ce qui veut dire qu'un conducteur de bus transportant les enfants en école résidentielle, ou un prêtre ou un pasteur
continuant d'être associé avec les l'Eglise qui dirigeait ces écoles, sont présumés coupables, tout autant que ceux qui ont
à proprement parler commis les actes génocidaires, simplement parce qu'ils ont été ou restent associés à "l'organisation
criminelle". (1)
Ce tableau d'une "justice juste" faite de lois pertinentes, est malheureusement utopique.
La réalité, c'est que la CCI s'est vue dans l'obligation de restreindre la portée légale de son mandat, par deux facteurs: a)
le refus des USA de signer la Convention de Rome et b) le compromis qu'a fait la CCI pour obtenir la signature des
Etats-Unis, indispensable pour le fonctionnement de cette Convention.
Un exemple désastreux de ces compromis: le corps dirigeant de la CCI a décidé de restreindre le mandat aux seuls actes
de génocide perpétré à la date de - ou ultérieurement à - la fondation de cette Convention, c'est à dire, juillet 1998.
Un autre exemple: pour qu'un cas de génocide puisse être apporté au jugement de cette Cour, tous les "remèdes légaux
domestiques" doivent avoir été épuisés, et il faut que soit démontré que le gouvernement du pays accusé de génocide est
d'accord pour coopérer avec l'action en justice menée contre lui.
L'absurdité de cette situation a abouti à ce que la CCI ait été, en pratique, rendue aussi inefficace et inoffensive que
possible lorsqu'il s'agit de poursuivre un pays comme le Canada. Et on ne peut guère s'attendre à ce que le Canada prête
obligeamment son concours pour son propre procès concernant le meurtre inavoué de millions d'aborigènes, et même
dans l'hypothèse surréaliste où il se porterait plaignant et réclamerait son procès pour actes de meurtre d'enfants en
masse entre 1920 et 1984, ses déclarations ne seraient pas recevables puisque seules sont instruites les accusations
d'actes de génocide postérieur à juillet 1998.
Il n'y a pas lieu cependant d'être absolument pessimiste, malgré les blocages juridiques que les puissances nord-
américaines mettent en place. L'information remontera inévitablement au grand jour et s'étendra dans le monde entier.
Dès aujourd'hui, des organisations se chargent de faire connaître la vérité: par exemple, en mars 1999, le Commission
des Droits de l'Homme des Nations Unies, se tenant à Montréal, a déclaré que le Canada est aujourd'hui en violation des
lois internationales dans sa manière de traiter les peuples aborigènes et que les conditions de vie des Autochtones au
Canada "représentent le problème de droits de l'homme le plus urgent auquel les Canadiens doivent faire face". (Voir
Vancouver Sun, 10 avril 1999, Fig. 35)
L'année suivante, un groupe londonien de défense de Droits de l'Homme, Survival International, a produit un rapport qui
condamne sévèrement le gouvernement du Canada pour ses attaques contre le peuple Innu du Labrador, en les
comparant aux victimes du génocide du Tibet.
Plus récemment, après avoir lu une traduction espagnole de Hidden from History, un groupe de Mayas du Guatemala a
entrepris une action de protestation, une "Denuncia" (3) par courriers adressés au gouvernement canadien, courriers
toujours restés sans réponse (voir aussi section précédente, "Chronologie d'événements").
Ces actions et réactions sont encourageantes. Mais elles n'apporteront que peu de résultats tant que le dossier n'aura pas
trouvé l'espace juridique qui lui convient. Et cet espace ne pourra trouver sa place qu'à l'extérieur du Canada. Comme
nous l'avons expliqué dans les pages précédentes, et comme vous le lirez plus en détail dans ce document, la plupart des
institutions majeures - police, justice, gouvernement, Eglise officielle, grandes entreprises - ont chacune une part des
responsabilités dans le génocide. Ce n'est donc qu'au niveau international, comme ce fut le cas pour Nuremberg, qu'un
procès à la mesure des crimes, pourra être mené. Et s'il aboutit, il conduira nécessairement à des conclusions qui, comme
ce fut le cas pour l'Allemagne, mèneront au renversement et au remplacement du pouvoir actuellement en place.
Les Aborigènes savent bien - et ont été tragiquement bien placés pour le savoir - qu'ils n'ont rien à attendre en matière de
justice dans les courts de justice, les églises ou le gouvernement de "l'homme Blanc", à part des dédommagements pour
abus sexuels et violences - la ligne d'aveux que le gouvernement a choisi comme soupape de sécurité .
Le problème de la justice est le suivant: tout magistrat ou homme de loi prête un serment de loyauté envers la Couronne.
Prendre la défense des Autochtones reviendrait à trahir ce serment à cette même Couronne coupable de génocide. Et un
juge ayant trahi son serment de loyauté doit être démis de ses fonctions. Donc, et pour conclure le syllogisme, un juge
voulant se maintenir dans cette fonction n'a pas d'autre choix que de défendre et protéger son pays. Les Natifs, qui
autrefois ont cru en une justice canadienne, commencent aujourd'hui à prendre conscience de cette réalité et à
comprendre qu'ils n'en ont rien de plus à attendre des jugements rendus que quelques milliers de dollars assortis d'un
"ordre de ban" les réduisant au silence.
Sachant cela, il serait souhaitable que les peuples aborigènes et leurs alliés considèrent que la seule façon de lutter contre
l'Etat colonial et sa justice, serait d'édifier leur propre Cour de Justice en terre de souveraineté (terre Indienne), où les
criminels responsables d'atrocités en écoles résidentielles puissent être jugés et condamnés devant le monde entier.
L'édification d'une telle Cour de Justice en nation souveraine serait en réalité une déclaration d'indépendance par les
nations aborigènes, ainsi que le démantèlement d'un Canada reconnu comme une entité perpétrant le génocide: ce serait
l'étape nécessaire au réétablissement des nations aborigènes détruites par la conquête sanglante du continent par la
Christianité Européenne.
Ce livre voudrait contribuer à une telle évolution/révolution spirituelle et politique au Canada, en montrant comment le
génocide est apparu, comment il fonctionne dans ce pays, pourquoi il fut et reste partie intégrante de la société et de la
démocratie Canadienne.
Caractéristique du génocide Canadien
Nous rencontrons cinq aspects qui caractérisent le génocide canadien quand on le compare aux pratiques génocidaires
qui ont été commises ailleurs dans le monde :
Il s'est produit sur une période prolongée, presque quatre siècles
Il s'est développé par vagues au Canada, de façon inégale selon les régions
Il a été organisé par des églises et institutions religieuses chrétiennes ; c'est un mouvement religieux
Il a commencé dans un système polititique semi féodal et colonial permettant le contrôle des églises chrétiennes sur
l'ensemble des peuples conquis et anéantis
Il a été maintenu comme étant une structure nécessaire de l'expansion de la société canadienne d'économie libérale,
surtout lorsque le Canada a évolué comme ressource de base et branche des Etats-Unis. (4)
Ces aspects économiques et historiques caractérisant le génocide du Canada expliquent la création des écoles
résidentielles Indiennes, ainsi que la protection et la légitimation des crimes s'y déroulant par l'Etat dont les intérêts sont
subordonnées aux profits de ses institutions - églises et surtout industries. On peut aussi analyser des racines plus
profondes des raisons du génocide, qui résident dans la notion de "civilisation occidentale", c'est à dire la fondation
philosophique et économique de l'empire de la Chrétienté qui émergea en Europe après l'Empire Romain, et qui s'étendit
avec les effets meurtriers que l'on sait, pendant et après le seizième siècle. (5)
Mais le but premier de ce livre est d'ouvrir à tous le dossier noir des écoles résidentielles Indiennes, et de décrire les
actes et les effets de cet outil génocidaire utilisé pour la colonisation au Canada. Nous espérons que cette lecture
contribuera à ce que la nature de ce génocide et les immenses souffrances causées soient pleinement comprises par tous.
Notes
Consulter aussi "War Crimes: The Legacy of Nuremburg" de Tina Rosenberg, Berenbaum, Michael, ed., The Holocaust
and History, University of Indiana Press, 1999.
Consulter le site web de Survival International, et ses informations sur les Innus. Ce groupe basé à Londres a défendu les
droits des peuples indigènes du Brésil, du Tibet et des Philippines. Mais ils ont gardé le silence sur les preuves de
génocide dans les écoles résidentielles canadiennes, bien qu'ils aient reçu de nombreuses informations à ce sujet de la
part de la Truth Commission. L'adresse de leur site est : www.survivalinternational.org
Les Denuncias ont été rédigées par la Defensoria Indigena, un réseau de cinq groupes Mayen indigènes situés au nord du
Guatemala. Ils ont remis la lettre en mains propres à Monica Izaquirre, personnage politique officiel de l'embassade
Canadienne au Guatemala, à Ciudad Guatemala, en avril 2004, lettre restée sans réponse. Deux autres Denuncias ont été
rédigées en direction du gouvernement et sont restées aussi sans réponse.
Développements de cette analyse sur site : www.hiddenfromhistory.org (conférence de Kevin Annett à l'automne 2003 à
New Westminster, BC, sous le titre “The Nature and Roots of Genocide in Canada”.
Dans la 1ere conférence (Lecture One), sur hiddenfromhistory.org
Idem.
Lorsque l'Éternel, ton Dieu, t'aura fait entrer dans le pays dont tu
vas prendre possession, […] lorsque l'Éternel, ton Dieu, te les aura
livrées et que tu les auras battues, tu les dévoueras par interdit, tu
ne traiteras point d'alliance avec elles, et tu ne leur feras point
grâce, tu ne contracteras point de mariage avec ces peuples, tu ne
donneras point tes filles à leurs fils, et tu ne prendras point leurs
filles pour tes fils;[…]
Voici, au contraire, comment vous agirez à leur égard: vous
renverserez leurs autels, vous briserez leurs statues, vous abattrez
leurs idoles, et vous brûlerez au feu leurs images taillées. Car tu es
un peuple sai |