Home

Larmes de crocodile pour nos victimes: que dissimule le mensonge de la réconciliation ?

par Kevin D. Annett, M.A., M.Div.

Réconciliation: voilà un mot tellement typiquement canadien.
Tout le monde l’emploie aujourd’hui; au moins lorsqu’il s’agit des Indiens: le gouvernement, les églises, les médias et surtout tous ces politiciens manucurés de “l’Assemblée des Premières Nations” qui prétendent représenter quelque chose.  Réconciliation: un si beau mot qui désigne une si belle idée, même si nous ne l’appliquons pas.

Maintenant je suis bien certain que cette ruée soudaine pour prendre le train de la réconciliation en marche n’a rien à voir du tout avec les vagues blocus de routes et de voies ferrées dont nous menaçent certains groupes autochtones ou le péril constant des procès risquant d’être intentés par tous les Indiens que nous avons tenté de tuer dans nos écoles résidentielles.
Ce qui me frappe par contre à propos de l’utilisation obsessionelle du mot “réconciliation” de nos jours c’est son caractère arrogant et superficiel pour quiconque s’imagine qu’une “réconciliation” peut être arrangée d’une manière ou d’une autre, à la demande si vous préferez, comme s’il était en notre pouvoir d’appliquer un traitement si fondamental.

C’est un peu comme de dire à quelqu’un que vous venez juste de frapper ou de torturer, je vais faire en sorte que vous m’aimiez maintenant. C’est certes une belle idée  - au moins pour la personne désirant être aimée et pardonnée - mais il est parfaitement ridicule de s’imaginer que quelqu’un à qui vous avez fait un tel tort puisse soudainement souhaiter faire partie de vos intimes. Il est en effet préférable de vous assurer préalablement que la personne ainsi maltraitée souhaite réellement se “réconcilier”avec vous.

Le gouvernement et les églises du Canada n’ont jamais fait preuve d’autre chose que celle de cette approche myope dans leurs rapports avec le peuple qu’il se sont donné tant de mal à exterminer: les autochtones de ce pays.
Dit plus simplement, nous “les Blancs”  ne semblons pas prêt de changer.
En dépit de toute notre rhétorique et nos annonçes coûteuses et bêlantes à propos de “réconciliation”, nous n’avons jamais juger bon de demander à nos victimes autochtones ce qu’elles attendaient de nous. Au contraire, comme les vrais colonialistes que nous sommes, nous continuons à leur dire ce dont ils ont besoin.

Lorsque nos ancêtres envahirent ce pays, ils décrétèrent que tous ses habitants devraient se soumettre ou mourir et ceci de la même manière que celle que nous employons aujourd’hui pour ordonner “la réconciliation et la guérison” aux survivants de nos massacres.  Et maintenant, ces maudits Indiens feraient mieux de faire ce que nous le leur disons si ils savent ce qui est bon pour eux.                     

C’est exactement ce que le Ministre des Affaires Indiennes, Jim Prentice, déclara le mois dernier aux autochtones lorsqu’il menaça de couper toute aide fédérale à la bande qui prendrait part au “Jour d’Action” du 29 Juin.
Mais Jim aime également parler de “réconciliation” avec les gens qu’il menaçe.

Cela s’est toujours passé ainsi avec nous les “Blancs”;  c’est comme çà que nous faisons.  Les petits enfants de nos Ecoles Résidentielles Indiennes ont toujours eu une chance d’obéir. Après cela,  nous passions aux clous dans la bouche, aux décharges électriques dans la tête ou à une tombe prématurée;
près de 50.000 d’entre-eux passèrent ainsi de vie à trépas entre nos mains dans ces “écoles”.

Ainsi, comment devons nous nous y prendre exactement pour nous réconcilier avec tous ces petits cadavres qui sont là par notre faute ?

C’est tout naturellement une question que personne ne pose puisqu’il n’y a pas de réponse. Les morts ne sont pas réconciliables. Ils ne peuvent pas être subornés ni réduits au silence par quelques baîllons légaux ou se voir attribuer des postes de complaisance et quelques titres émanant de Commissions Royales ni se voir offrir un dîner arrosé de bons vins par leurs bourreaux. Tous ces morts n’aspirent qu’à une seule chose: la paix; et celle-ci ne peut leur être offerte qu’en portant leur histoire à la connaissance de tous.

Après plus d’un décennie de pression publique de la part de groupes comme le nôtre, le gouvernement du Canada finit par réagir en Avril dernier en laissant divulguer une partie de l’histoire de ces cadavres des écoles résidentielles, mais ceci selon un processus entiérement contrôlé par le gouvernement lui-même au mépris total d’une révélation pleine et entière.
Après-tout, permettrions-nous à Willie Picton ou à tout autre tueur en série de nommer lui-même le juge et le jury de son procès pu de réunir sa propre “Commission de Vérité et de Réconciliation” pour enquêter sur le sort de toutes ses victimes ? Alors pourquoi permettrions-nous à des tueurs en série bien plus prolifiques - le gouvernement du Canada et les Eglises Catholique, Anglicane et Unie du Canada - de procéder exactement de la sorte ?

Je n’imagine pas que les familles des victimes de Willie Picton aient le moindre désir de se “réconcilier” avec lui après ce qu’il a fait. Je ne m’attends pas non plus à ce que les survivants autochtones  des camps de la mort des écoles résidentielles soit plus accomodants vis à vis des meurtriers de leurs parents, même si ces meurtriers portent les robe longues du clergé ou des services gouvernementaux.

Alors pourquoi n’arrêtons-nous pas toute cette mascarade à propos de “réconciliation” avec les autochtones et les survivants des écoles résidentielles et ne nous plaçons-nous pas là où nous devons être: au procès ?
C’est précisément là que les églises et le gouvernement doivent se trouver, dans le box des prévenus, pour répondre de l’accusation de meurtre collectif et de génocide car ce n’est que là qu’ils pourront commençer à révéler ce qu’ils ont fait à des milliers d’innocents, où ces enfants sont-ils enterrés et qui est responsable de leur décès.

Qui les plaçera dans le box des prévenus ? Vu différemment; peut’on démonter un avion de bombardement B-52 en vol, entre deux missions , alors qu’on est soi-même assis confortablement entre les pilotes et les bombardiers.

Si jamais les Canadiens essayaient de mettre en pratique leur propre moralité supposée et le droit international en se plaçant eux-mêmes en jugement au côté de leurs institutions pour répondre du pire crime de l’histoire, le mot “réconcilitaion” pourrait alors commençer à vouloir dire quelque chose.  
Dans le cas contraire, il continuera à signifier tout ce qui nous arrange, nous les Blancs, qui avont gagné la guerre contre les peuples premiers de ce pays et gagné, par conséquent, le droit de décision comme de commandement vis à vis de chaque chose.

Le fait de flatter la tête des survivants des écoles résidentielles et de leur tendre quelques dollars ne changera rien et n’aura d’autre effet que celui de nous donner bonne conscience. La bonne conscience et la supériorité des conquérants que nous sommes.

Cinquante mille cadavres ne peuvent avoir tort.



Kevin Annett
260 Kennedy St.
Nanaimo, BC V9R 2H8
250-753-3345 or 1-888-265-1007